Évidemment, les martingales ça n'existe qu'au Black Jack, et encore... Le surf c'est d'abord un peu de travail, avant beaucoup de plaisir, et vous aurez du mal à passer outre cette étape où il faut un peu sortir de sa zone de confort. Mais pour prendre les choses une par une, focalisons-nous sur les 9 points essentiels qui vous feront franchir ce fameux pallier:

1. MIEUX RAMER

La rame, c’est peut-être quelque chose à laquelle vous ne portez pas assez d’attention, mais être un bon rameur cela permet de prendre plus de vagues. Et sans vouloir enfoncer des portes ouvertes, plus on prend de vagues, plus on progresse. Si vous arrivez à prendre 20% de vagues en plus en augmentant votre cadence de rame et l’épaisseur de votre planche de 1/8 à la latte, toutes les quatre sessions… vous en gagnez une! Et ça, c’est bien mieux qu’une offre promotionnelle dans n’importe quel supermarché à la con...

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Epaisseur: N’ayez pas peur d’ajouter un peu d’épaisseur. Les cure-dents des années 90, c’est fini! Et même si vous ne voulez pas avoir la main trop lourde au niveau des cotes, demandez à votre shapeur de vous laisser un peu plus de mousse dans la région du nose.

Bataille de rame: Vous avez déjà poussé la machine à la rame, déjà sprinté avec un pote jusqu’au line up. C’est bien et il faut continuer et même essayer de travailler votre endurance, avec parfois cette petite accélération nécessaire et vitale pour bien se placer et bien partir. On n’ira pas jusqu’à vous dire de vous entraîner sur un lac, mais vous avez saisi l’idée. Alors, dès que vous êtes entre potes, pensez à la bataille de rame, c’est moins spectaculaire que le bras de fer, mais cela boostera votre surf.

Andrew Cotton, que l’on voit ici partir en droite, est assez pragmatique sur l’art de la rame:

“ Baisse la tête et rame comme un enculé..."

Voici quelques surfeurs à la rame impressionnante: Michel Bourez (peut-être à force de traverser les lagons à la rame même s’il possède désormais un bateau) et aussi Parko, car il a récemment participé à la fameuse course de la Molokai)

2. APPRÉCIEZ VOS GAMELLES

“Il faut apprendre à encaisser un coup avant de pouvoir en donner"

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Le vainqueur du Pipe Master 1988 et ancien résident du sud-ouest de la France Monsieur Rob Page a essayé un jour de motiver le rédacteur de ce magazine, un peu effrayé par la taille des vagues à la Nord… voilà ce qu’il m’a dit : «si j’enlève mon leash, que je rame sur une bombe de 4m et tente un backflip sur la lèvre, tu viens avec moi...?" Bien qu’il ne tenta pas la figure ce jour-là, la leçon du jour fut que les gamelles forment la jeunesse ; elles ne sont jamais aussi terribles que l’on imagine et elles nous redonnent du coeur à l’ouvrage.

Le surf n’est pas un sport aussi dangereux qu’il y paraît. Les gamelles peuvent sembler impressionnantes pour le commun des surfeurs, elles mettent rarement l’auteur de la cascade en danger. Si la taille des vagues vous plonge dans une situation inconfortable, prenez une gamelle d’entrée et remettez-vous tout de suite en selle ! Vous serez plus à l’aise ensuite et surferez en commençant à repousser vos limites.

- Lors d’une gamelle, on nous dit toujours d’être relax, ce qui est plus facile à dire qu’à faire ! Mais si vous comptez les secondes par exemple, cela peut vous aider. Et si vous arrivez à 50, vous avez le droit de commencer à paniquer !

- Ne luttez pas pour refaire surface. Sans repère précis sous l’eau, vous nagerez peut-être dans le mauvais sens, en dilapidant votre oxygène si précieux.

- Essayez de rester calme, laissez-vous aller et pensez à votre belle mère...

“Quand je suis sûr que je vais bouffer, j’essaye de rester calme et de me relaxer le plus possible. Je me persuade qu’il n’y a pas d’autres choix et que mieux vaut en profiter! Le fait de prendre ma respiration avant l’impact me permet aussi de me relaxer, je sais que j’aurai assez d’air." Alex Botelho

Suite: n°3 le bottom turn...

3. ALLONGEZ VOTRE BOTTOM TURN

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De nos jours, tout le monde est tellement pressé, n’est-ce pas? Les jeunes sont pressés de devenir adultes, les adultes sont pressés d’être à la retraite, les vieux pressés d’en finir une fois pour toute, etc... Même les surfeurs sont pressés de remonter jusqu’à la lèvre. Mais allez trop vite dans son bottom turn pour aller briller au-dessus du coping, c’est un peu gâcher le plaisir. Les bottom turns sont comme les chiens…ils sont fidèles, efficaces et vous redonnent tellement d’amour. Les virages en haut de vagues sont comme les chats : capricieux, jamais vraiment là et seulement agréables quand ils le veulent bien. Peut-être qu’ils vous aiment, peut-être pas. Avec les chiens et donc les bottoms turns il n’y a aucun doute. Et puis passer du temps sur son bottom turn, c’est l’assurance de devenir un meilleur surfeur.

- Lors de votre prochain surf, à moins que les vagues fassent 2m et soient ultra rapides, faites un effort particulier pour allonger votre trajectoire après le take off, mettez-y quasiment un peu de rail extérieur et si possible, coquetterie ultime, regardez en arrière avant d’envoyer une courbe majestueuse !

- Descendez sur vos appuis, offrez à la surface de l’eau cette caresse délicate et intime. Aimez-la surtout, Touchez-la, sentez-la, léchez-la, tirez-lui les cheveux...

- Puis virez, partez vers le haut, détendez vous sur la section qui s’offre à vous pour prendre plus de vitesse, passez une section ou frappez la lèvre, peu importe… Vous avez toutes les options et elles sont magnifiques.

La référence évidente, c’est Curren à J-Bay (ou ailleurs) pour les plus beaux bottoms en vidéo. Et de toute façon, n’importe quel pro, que ce soit Kelly, Joel, Mick, Taj, Michel, Jeremy etc… tous sont des maîtres dans l’art du bottom turn.

Suite: Le sacro saint tube...

4.PULL IN

Mantra: “le temps s’arrête dans le tube"

Se caler dès que l’on en a l’occasion, y’a pas de secret pour devenir un bon tuberideur… Bourez à Rio. Photo: ASP

Si vous avez grandi à G-Land, Pipe ou Tahiti,‘ le tube’ c’est « le surf ». Si en revanche vous devez toujours vous exprimer comme la majorité d’entre nous dans des vagues de beach break loin d’être parfaites, l’art du tube s’apprend bien plus qu’il n’est instinctif.

Plus vous tardez à maîtriser le tube dans votre carrière de surfeur, plus il sera difficile de bien réagir quand vous vous retrouverez dans le tunnel…c’est le problème. Votre réaction instinctive sera soit de pomper pour en ressortir le plus vite possible, soit de le contourner par un long bottom turn, soit de fermer les yeux ou d’arrêter de respirer dans un instant mélangeant plaisir et désarroi. En bref, essayez de surfer le plus souvent des vagues creuses durant vos premières années de surf, car un temps viendra où le fait de suivre simplement la vague devant le tube deviendra particulièrement ennuyeux….

- Repérez le spot réputé pour ses tendances tubulaires près de chez vous, familiarisez-vous avec les conditions et les qualités requises et apprenez !

- Partez en Indo dès que vous en aurez l’occasion !

- Ne racontez jamais que vous avez tubé si ce n’est pas vrai. La loi du Karma est claire sur ce point: pour chaque faux tube, 3 opportunités de tubes bien réelles sont perdues à jamais !

- Il existe beaucoup de bons tuberideurs et la plupart des surfeurs sur le Tour sont excellents dans le barrel. Mais nous vous conseillons, si vous voulez imiter quelqu’un, de faire comme Aritz, car son habileté dans le tube lui a permis de passer de surfeur du World Tour à star de l’Internet.

5. RIRE

“Le meilleur surfeur est celui qui prend le plus de plaisir… (même si c’est une fille !!!)"

Steph à Biarritz. Photo: Poullenot

OK… c’est un cliché assez odieux, ne le retenez pas ! Mais il est judicieux parfois de ne pas trop prendre à la lettre cette quête obsessionnelle de la progression constante. Si vous voulez ê « faire dans le sérieux », essayez plutôt le triathlon !

Si vous êtes quelqu’un de souriant et d’agréable, que vous arrivez à prendre du plaisir, vous vous relaxez, votre corps se détend et cela permet aussi d’accélérer votre progression. Vous restez plus longtemps à l’eau et prenez plus de vagues, etc…

Mais, allons plus loin! Des études ont montré que le rire améliore les fonctions motrices ,il augmente les béta endorphine de 27% et l’hormone de croissance de 87%. L’hormone de croissance est reconnue pour augmenter les performances physiques (c’est pour cela que Lance Armstrong s’en injectait). Mais vous n’avez pas besoin de la seringue diabolique de Lance, vous n’avez qu’à rire quand quelqu’un prend une belle gamelle!

6. AUGMENTEZ VOTRE AMPLITUDE

Donner de l’amplitude à ses manoeuvres, cela pimente la vie. Photo: Poullenot

La définition ne vous aidera pas, ni un texte qui tourne plus ou moins habilement autour du pot…Alors perdu devant cette belle photo de Tristan Guilbaud et encore plus empêtré dans sa formule mathématique, (là voilà pour ceux à qui cela parle: Y(t)= Asin (t-K)+b), nous avons demandé une analyse technique à l’intéréssé: “Pour réaliser une manoeuvre avec beaucoup d’amplitude, le plus important c’est la préparation; cela vaut pour n’importe quelle manoeuvre, que se soit un air, un roller tailslide, ou même un carve. Il faut être capable de générer beaucoup de vitesse, pour pouvoir prendre le bottom bien large tout en restant très bas, solide sur ses appuis et sortir du bottom avec beaucoup de vitesse comme un ressort. Les bras sont importants car ils montent et tirent le reste du corps pour gagner encore un peu plus en hauteur et en amplitude. Les manoeuvres avec beaucoup d’amplitude nécessitent de la tonicité, un peu de souplesse et surtout une très bonne lecture de vague qui s’acquiert avec le temps et l’entrainement. Donc le plus important c’est de toujours tenter d’aller plus vite et donc plus haut, aux endroits qui nous paraissaient parfois inaccessibles auparavant." Merci Tristan, tu nous sauves…

Suite: le style

7. MORT AUX ‘MANOEUVRES’… COLOREZ VOTRE SURF!

Mantra: “Un style de merde est égoïste"

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Vous ne voulez pas être l’un de ces surfeurs dont le style paraît déjà discutable de derrière la vague et je ne vous parlerai pas de ces horribles contorsions vue de face. Pourquoi tant de haine et d’agressivité dans les virages, pourquoi tant de tensions entre les manoeuvres, pourquoi se faire du mal et faire du mal à ceux qui vous regardent. S’il vous plaît, arrêtez! Le truc avec les manoeuvres (dans le sens traditionnel), c’est qu’elles sont faites pour ceux qui savent les faire… vous voyez ce que je veux dire ? Alors tenter d’imiter Kelly avec agressivité sera au mieux proprement impossible …et au pire un affront fait aux autres membres de la communauté surf qui ont la malchance d’être présents. Voilà, nous l’avons dit et nous le pensons, les styles de merde sont égoïstes. Un simple changement d’approche dans les manoeuvres fonctionnelles peut vraiment porter ses fruits. Laissez-les tomber et préférez l’auto-expression (je l’ai dit). Choisissez le soul Arch. C’est coloré, frivole, agréable et vous n’obtiendrez aucun point selon les critères ASP…c’est SUPER !

8. SHAPER SA PROPRE PLANCHE

Ahhh vous saviez que cela allait venir ,n’est-ce pas? Mais si cela n'est certes pas l'étape pour tout le monde, elle peut avoir son intérêt... Shaper sa propre planche, c’est la nouvelle tendance rétro, le nouveau single. C’est comme faire pousser son propre potager, faire cuire son propre pain…en plus toxique. Personne ne coud sa propre combinaison, ni ses propres chaussons? Mais, ils se mettent tous au shape!

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Il n’y a aucun avantage à le faire, aucun…à moins de prendre du plaisir à rider un truc forcément moyen. C’est de la pure auto-satisfaction surf…mais pourquoi alors recommander la chose dans cet article qui s’intitule «améliorer votre surf»?

Peut-être que cela fera de vous quelqu’un d’un peu meilleur tout simplement?

Vous aimerez votre propre shapeur sûrement encore un peu plus… vous apprécierez davantage son travail. Quand votre maman s’absente et que votre papa se met aux fourneaux …vous priez pour qu’elle revienne !’Ici, c’est la même chose!!!

En découvrant les emmerdes et la complexité du shape, vous inviterez votre shapeur à déjeuner avant une prochaine commande de planche et vous le quitterez par une longue et intense accolade (lâchez l’emprise au moins 3 secondes après lui!)

Suite et fin: réussir son dernier turn!

9. LE DERNIER TURN

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Le dernier turn. Celui que le surfeur moyen ne parvient jamais à passer. La déception après tant de bons rides alors que l’on voulait finir en beauté … le point d’exclamation devant la plage déjà admirative, presque conquise. Le premier turn peut mentir, les virages à mi- vague peuvent flatter, mais on sait exactement le niveau d’un surfeur en observant sa dernière manoeuvre. Car celle-là, elle ne trompe jamais !

Se planter

- Je parle d’après mon expérience personnelle. Ce layback snap que j’imaginais et qui se transforme en un virage sans vitesse et sans nom où le rail accroche et où je chute misérablement sans aucune chance de succès. C’est horrible quand on y repense mais sur le coup on se dit toujours ‘pourvu que cela passe, ne serait- ce qu’une fois…’

- Les tentatives d’aerials où tout part effectivement dans les airs sauf votre cul.

- Le reentrie trop tardif où l’on sait bien que les dés sont jetés …on n’est pas loin de se prendre la planche dans la gueule en prime !

... Le réussir

Personne dans les bureaux Surf Europe n’a jamais réussi un dernier bon turn, malgré plusieurs décennies d’efforts collectifs… Alors nous avons demandé à Philippe Malvaux, qui nous a conseillé de: “Bien reprendre ses appuis, revenir sur les bases et ne pas essayer (de trop) impressionner la galerie!" Et voilou, à vous de jouer!