Share

Tuto

Tuto: Comment Devenir un Vrai Local?

Il n'est jamais trop tard pour devenir un vrai trou du cul!

 Ce titre n’a aucun de sens? Attends un peu, tu vas comprendre… La beauté d’être surfeur en 2018, c’est avant tout la myriade de façons d’être odieux.
En effet, le sport a le vent en poupe, tout le monde kiffe les surfeurs (ou presque), ils ont la réputation d’être cool, beaux, bronzés, enfin tu connais le cliché, pas la peine de te faire un dessin. Du coup, il est très jouissif – et honteusement facile, de prendre le contrepied et de s’en tirer à bon compte malgré tout. C’est comme s’il y avait tellement d’options qui s’offrent à nous ces jours-ci, tant de raisons – et de méthodes – d’être le pire trou du cul… C’est fou, quand on y pense.
Premier des commandements en la matière: la tradition séculaire d’être un Local (note le grand L). Un concept qui ne veut absolument rien dire au final, mais qui est d’une puissance redoutable. Tout le monde, partout dans le monde est un local quelque part, à peu près. Mais demande-toi, es-tu assez local? Et affirmes-tu cela devant assez de monde, assez souvent? Car ils ont besoin de savoir – ils étant les ignorants, ou le reste de la planète, en somme. La baston dans le surf, cela a toujours existé, mais quand on y va juste parce qu’on est un local, là c’est suprême!
D’ailleurs, l’attitude du ‘local décomplexé’ est très en vogue, comme l’a montré par exemple le succès du film ‘Biarritz Surf Gang’ où l’on fait l’apologie d’une bande de pionniers aussi immatures et étroits d’esprits que doués en surf, et dont le passe-temps favori était de taper sur du touriste – ou de l’Australien de Hossegor selon les cas, à qui ils ressemblaient en tout point d’ailleurs. Un spot surpeuplé, deux-trois caïds de la plage un peu tendus, et c’est parti, comme le rappelait d’ailleurs il y a peu un élu de Biarritz (lui-même surfeur). Car il est bien là le problème qui persiste: quand on porte ce genre de comportements d’un autre âge (de l’ancien monde comme dirait notre Leader Suprême Emmanuel Jupiter) au rang de culte ou de ‘règle absolue à respecter et admirer’, on ne peut plus s’étonner de la prolifération des locaux trou-du-cul, qui semble aller au même rythme que l’algue verte – y aurait-il un lien? D’ailleurs, un conseil (un vrai) avant notre tuto pour mimiquer ces comportements: ceux qui s’intéressent tellement à leur spot et s’en approprient les règles, pourquoi ne pas ramasser les mégots ou faire des actions concrètes pour ladite plage, à la place? Les plages où le localisme est exacerbé et porté au range de règle ne sont pas plus propres que les autres, voire moins…
Mais nous nous égarons. Et puis c’est facile de juger des comportements d’il y a 30 ans avec notre regard d’aujourd’hui, et de condamner les uns et les autres devant le tribunal médiatique si cher à notre époque. Voici donc un tuto très utile, nous le redisons, car nous sommes plus ou moins tous un local quelque part, résumant en 7 commandements essentiels ce qu’il faut absolument faire pour passer pour un Vrai Local qui en a (triple pléonasme, oui).

1. Fais-toi entendre au line-up, gueule s’il le faut. Ne salue que ceux que tu connais, mais en aboyant, tout le monde doit savoir que tu connais du monde sur le spot. L’idéal étant de parler au travers des gens que tu ne connais pas, comme s’ils n’étaient pas là. Si tu ne connais personne, choisis des inconnus sur la plage et crie plus fort. Points de bonus: regarde de travers, mâchoire serrée, quoi qu’il arrive.

2. Lorsque tu checkes le surf, ton expression faciale doit ressembler à celle d’un gars qui vient d’apprendre qu’il est atteint d’une maladie incurable. En tout cas, surtout pas celle d’un mec qui va passer du bon temps à l’eau pendant que le reste des gens vont à l’usine, conduisent des ambulance, descendent à la mine, meurent de polio, vont au front contre Daesh, travaillent en supermarché, etc. Si tu as du mal, rappelle-toi: le surf, c’est être local, c’est pas forcément s’amuser.

Et si des mecs (le pire c’est quand ils arrivent au line-up après toi) essaient de te souhaiter une bonne journée, ta vibe doit refléter celle du mec qui assiste au spectacle du plombier qui vient de faire tomber un tuyau plein de merde sur ton tapis persan. Merde, tu es un local, autant dire que tu as inventé ce sport (au moins sur ton spot), alors fais-toi respecter, bordel!

3. Si quelqu’un ose “Ah c’est pas mal aujourd’hui, hein?” évidemment ne sois jamais, mais jamais d’accord. Attend bien 5 secondes avant d’offrir ta réponse, simple et définitive: “c’est pas trop dégueu, mouais…” tout en le regardant comme Louis XV toisait les gueux.  L’essentiel est de faire réaliser à cet étranger que même s’il passait les 10 prochaines années de sa vie sur le spot, il ne ferait jamais autant de belles sessions que toi ici. Quitte à rappeler l’anecdote de ce swell mythique l’année avant qu’il vienne la première fois.

4. Ignore le fait que tu aimes aller aux Maldives, en Indo ou au Maroc, et que tu es tout sauf un local sur ces spots: cela doit être considéré comme un échange, une offrande diplomatique d’un pays à l’autre. Une coutume mondialement acceptée entre hauts dignitaires du surf. Comme quand le Duke est parti en Californie en 1920, ou si tu préfères, le Dalai Lama en visite chez l’Archevêque de Canterbury.

5. N’hésite pas à taxer un nouveau venu, genre le dernier débarqué à la session, un peu fragile. Taxe-le brutalement, pour faire un exemple, surtout s’il est moins bon que toi. N’oublies pas de lui demander en fin de vague s’il aime ça, se faire braquer. En criant, là encore.

6. Essaie de cultiver un aspect disgracieux de ton physique. Oui à l’école on te faisait chier avec ton gros pif ou ton monosourcil? Alors venge-toi, car maintenant que tu es un local, tu sauras te faire respecter, et tu as le droit d’imposer ta disgrâce à la vue de tous. Si tu n’as rien de particulier au niveau physique, trouve quelques chose: laisse-toi poustache, ou ajoute un bouc long, une vieille boucle d’oreille: quelque chose! Etre un local ce n’est pas juste être laid de l’intérieur: l’extérieur compte aussi!

7. Fais en sorte de ne jamais être surpris. Par quoi que ce soit. Le terme ‘blasé’ est sans doute le plus juste ici. Si par exemple un tsunami arrivait sur ton spot, ou qu’une faille béante engloutisse d’un coup toute une école de surf vers les entrailles de la Terre, lève juste un sourcil genre “tu vois, je te l’avais dit”.

Rappelle-toi: sur ton spot, tu as tout fait, tu as tout vu.

 

Share

Newsletter: termes et conditions

Merci de renseigner votre e-mail de manière à vous tenir informé de toutes les news, articles, nos dernières offres. Si vous n'êtes plus intéressé vous pouvez renoncer à tout moment. Nous ne vendrons jamais vos données personnelles et vous ne recevrez que nos messages et ceux de nos partenaires qui sont susceptibles de vous intéresser.

Read our full Privacy Policy as well as Terms & Conditions.

production