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Opinion

Le Guide (Cynique) des Sports (Aquatiques)

Les trucs qui ressemblent au surf, mais qui n'en sont pas

#OnVaEncoreSeFaireDesAmis

“L’Enfer c’est les autres” a écrit Jean-Paul Sartre.

Mais bon, il a aussi écrit “la limite idéale des sports aquatiques, c’est le ski nautique” ce qui disqualifie un peu notre homme pour ce qui est de ce guide, fut-il (très) cynique.

Peut-être que ce qu’il voulait dire, c’était plutôt “l’enfer c’est les autres surfeurs”. Ou, encore plus probablement, “l’enfer c’est les autres surfeurs qui ont abandonné le surf pour le paddle ou autre semi-nouveauté à la con, et qui prennent désormais toutes les vagues en faisant chier tout le reste”. Oui, c’est sans doute ça.

Sur ces bonnes paroles, voici donc une liste non exhaustives* des ‘choses’ aquatiques qui ressemblent au surf, mais qui ne sont pas du surf – comme aurait pu le dire quand à lui René Magritte. Sache en outre que contrairement à la croyance populaire, le surf n’est pas basé sur le fun, mais sur un état permanent et tendu de semi-colère, que l’on tente de communiquer à l’ensemble des usagers de la vague.

*Non exhaustive car à la vitesse où pullulent les tentatives de créer de nouveaux ‘sports’ de plus en plus idiots, on ne tiendra pas le rythme, avec nos 2 employés et nos RTT… Et pour la décence de cet article et ta propre santé mentale, nous nous en tiendrons aux Objects Flottants Non Motorisés. Les autres savent qu’il ne sont pas les bienvenus, de toute façon (et c’est peut-être un avantage).

NB: remarque le mot ‘cynique’ entre parenthèse dans le titre. Oui, car beaucoup croient encore que nos articles sont tous au premier degré. Alors nous souhaitons éviter aux esprits les plus primaires (et ils seront par définition plus nombreux à ire ceci que nos autres articles) de se faire des nœuds au cerveau et/ou de passer pour des caves devant le monde entier sur les réseaux sociaux.

Le Bodysurf

Un peu comme le surf, mais… tu utilises seulement ton corps pour glisser sur (et plus souvent dans) la vague. Tu tentes de te transformer en torpille vivante en rigidifiant ton corps et en devenant un avec l’élément. Enfin ça c’est l’intention. Tu peux éventuellement y adjoindre l’aide de palmes, et même ces paumes de mains spéciales pour nager plus vite. Ce n’est pas ce qui te donnera la nationalité hawaïenne, mais si tu t’éclates ainsi, continue!

Pourquoi? Parce qu’en fait, et pour citer Mike Stewart, “c’est la meilleure interaction possible entre l’homme et la nature”. C’est aussi le meilleur moyen d’impressionner tous tes potes, qui se rendront d’un seul coup compte à quel point du est un boss, lorsqu’ils découvriront avec admiration le selfie que tu as fais dans la vague, l’autre main collée au mur et gantée d’une palme en bois faite main en édition limitée.

Pourquoi pas? Parce que comme toute bonne chose dans la vie, la pratique a été littéralement braquée par les hipsters. Ok, tu faisais peut-être du bodysurf avant que ça soit ‘cool’, mais c’est le même tarif, malheureusement pour toi. Aussi parce que tu as lu cet article sur Inertia titré “3 Raisons pour lesquelles planer sur ses main est totalement cool”. Et enfin, parce que tu commence à te soucier de l’état de ta colonne vertébrale.

Où? Les shore breaks du monde entier, et les wedges. Ce sont les meilleurs endroits pour cette pratique, surtout si tu arrives à combiner les deux, et à le faire en Californie. Ça pète de cervicales au même rythme que Chuck Norris, comme peut encore le raconter le célèbre lifeguard  du North Shore Mark Cunningham, à présent flirtant avec la soixantaine, et qui était capable sans souci de s’aligner sur le line-up de Pipeline et faire la nique aux touristes médusés. Mais tout le monde ne s’appelle pas Mark Cunningham…

Qui? Cunningham, Stewart, Barack Obama, les hipsters.

Acceptabilité sociale: c’est OK de faire du bodysurf, c’est peut-être juste pas si OK de t’attendre à ce que les autres en aient quelque chose à foutre.

Le Stand-up Paddle

Un peu comme le surf, mais… tu es constamment en érection, enfin dans la position debout quoi, comme un géant hawaïen qui domine son élément (et les autres) de la tête, des épaules et même de plus. Déjà que tu as tendance à prendre beaucoup de place au line-up, tu deviens carrément dangereux pour les autres usagers du plan d’eau avec ta pagaie en carbone en cas de déséquilibre (ce qui arrive relativement souvent, ne te voile pas la face). Et bien sûr sans le take off, comme ça tu évites la partie la plus technique dans les bases du surf. Gros flemmard que tu es.

Pourquoi? Donner libre cours à ton côté casse-couilles!

Pourquoi pas? Parce que s’il y a un enfer, les mecs en SUP se tiendront inévitablement tout devant la file d’attente, juste entre les criminels de guerre et les évadés fiscaux. Parce que trop de matos tue les matos (tu ressemble à rien avec tout ton attirail). Et parce qu’il te reste un minimum de respect pour les gens autour de toi. Franchement, tu débarquerait dans un banquet en gardant ta grosse doudoune à table, ou tout autre objet volumineux qui font chier tout le monde, d’ailleurs?

Ou? Les premiers cas déclarés le furent à Hawaï, et c’est d’ailleurs bien dommage qu’ils n’y soient pas restés. Aujourd’hui, cette peste s’est répandue partout, inexorablement tel un virus sexuel. Il reste encore quelques plages encore non infestées, mais il faut bien chercher. Quant au sud ouest de la France, il va bientôt être déclaré zone sinistrée (par de sinistres pénis vivants, tenant une pagaie)

Qui? Laird Hamilton, bien entendu. C’est lui qui donne le ton à tous les footix du surf – les surfix?  D’ailleurs son tout dernier documentaire présenté récemment à Sundance, est justement nommé Take Every Wave – prends toutes les vagues: un conseil, voire un mantra, qui sied à merveille à l’ensemble du mouvement SUP, et qui définit bien son état d’esprit et sa conception du partage des ressources.

Acceptabilité sociale: proche de zéro. L’antithèse de la radicalité et de l’esprit même du surf. L’erreur la plus fondamentale et la moins pardonnable de ceux qui s’éprennent soudain pour l’élément liquide.

Les temps désespérés appellent des mesures désespérées. Illustration: @pentagram_pizza

Le Bodyboard

Un peu comme le surf mais… tu ne ressens jamais le besoin de te lever sur tes jambes, comme l’a pourtant fait l’Homo Erectus il y a environ 1,5 million d’années. Ok, il t’arrive de poser un genou, voire deux, sur ta biscotte, mais bon. On appelle aussi cela le boogie board, ce qui auraient la bonne idée de se prendre un poil moins au sérieux dans cette terminologie. Certains trouvent d’ailleurs ce terme un peu péjoratif, ou dérogatoire. Pourtant un tas d’autres noms bien pires existent, il faut le savoir…

Pourquoi? Parce qu’on ne discute pas avec un mec dans le tube.

Pourquoi pas? Peut-être simplement pour ce moment de solitude extrême qui t’habites soudainement lorsque la conversation avec la jolie fille dégotée en soirée tombe sur ce sujet. “Tu surfes?” demande-t-elle. “Oui… Enfin plus précisément je fais du bodyboard mais… Attends! Ou tu vas? Ne pars pas!”

Ou? Là encore, les chiffres se sont affolés tout autour de la planète depuis le boum du bodyboard dans les années 90, et les spots se sont multipliés. Enfin, le partage des spots s’est multiplié, car de nouveaux spots, on n’en trouve que très rarement en ce bas monde… C’est bien là tout le problème. Mais de nombreux spécimens migrent souvent à la belle saison vers les Canaries, le Pays Basque, le Portugal, et quelques autres pays où, dans une grande mansuétude, l’on considère encore acceptable de voir des personnes adultes en bodyboard.

Qui? Mike Stewart, encore lui. Il est reconnu souvent comme le plus grand bodyboarder de tous les temps, et c’est vrai comme nous le disions plus haut, qu’il est très cool et respectable dans son délire ‘explorateur de la glisse’. Mais en général, ce n’est malheureusement pas la même limonade. Comme il savent que leur pratique devraient dans un monde parfait être réservée aux enfants, ils sont très prompts à l’agressivité, verbale et même parfois physique, face à toute critique ou même à tout sourire narquois. Mais ce n’est pas vraiment leur faute, il sont juste restés bloqués à un stade de leur évolution. Il fut voir cela comme de la protection vitale naturelle, même quand ils trollent sur les réseaux sociaux. Tiens, fais une remarque un peu marrante sur un bodyboarder, tu vas voir que tu ne tarderas pas à entendre un monologue passivement agressif d’un gars se sentant vexé, qui te vantera sans fin les mérite du bodyboard. Et ça, c’est dans le meilleur des cas, car ils ont en plus souvent de mauvaises manières.

Acceptabilité sociale: Les relations entre surfeurs and bodyboarders ont souvent été tendues. Mais avec l’émergence des SUP et autres absurdités nautiques, il serait presque né un certain sens de la solidarité entre les deux communautés précitées. Même si cet article ne le laisse pas trop voir, nous éprouvons une certaine empathie à voir un mec en biscotte se faire tasser au line-up par un pénis géant, qui ne prend pour cela aucun risque d’ailleurs, étant donné le différentiel de puissance – et de position. Oui, une certaine unité est née de la menace supérieure. D’autant que même si faire des ronds sur une mini-face de 80cm (en étant adulte) provoque chez nous une grande incompréhension, nous trouvons néanmoins hautement respectable de s’attaquer avec ledit engin à un shorebreak tendu ou un slab agressif en y tentant des airs.

L’Hydrofoil

Un peu comme le surf, mais… les dérives standards sont remplacées par une sorte de quille géante affublée de deux ailes, qu’on appelle ‘foil’, donc. Cela a pour effet de soulever la planche juste au dessus de l’eau, et donc de glisser dans l’air, pour ainsi dire. Une technologie inspirée des bateaux de course.

Pourquoi? Pour pouvoir surfer un énorme swell du large, là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied. Et parce que tu es un vrai waterman, bien entendu.

Pourquoi pas? Autant devenir le porte drapeau de la cause pour le travail des enfants dans les pays pauvres. Ou devenir président du fan club de Laurent Gerra. Tes amis et ta famille te tourneront le dos, et ils auront raison.

Où? Loin des autres, s’il te plaît. Tu as entre tes mains un engin potentiellement létal et tu n’as rien, mais alors rien à foutre sur un line-up.

Qui? Laird, évidemment, LE waterman par excellence. Il fut le premier à introduire le concept, et à strapper un tel engin à ses pieds démesurés. Il a débuté avec des bottes de snow, de straps maison, et s’est fait aider d’un jet ski. Puis Kai Lenny y a apporté quelques améliorations. Il opta pour une glisse sans straps, et pouvait même d’ailleurs ramer pour choper des vagues. Ni l’un ni l’autre n’ont d’ailleurs réussi à faire de cette pratique quelque chose de vaguement agréable à regarder. Le côté précaire de l’équilibre n’est pas chose aisée, même pour ces as des as. De là à ce qu’un hybride des deux pies inventions citées se développe, il n’y a malheureusement qu’un pas, que nous ne franchirons pour rien au monde…

Acceptabilité sociale: il n’y a absolument rien d’acceptable à faire exactement ce que Laird Hamilton fait. D’abord parce que même avec 10.000 vies devant toi, tu n’arriveras jamais à t’en approcher. Ensuite parce que c’est un pionnier, un pionnier nombriliste mais un pionnier quand même.

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