Les trolls se lâchent, et tout le monde a un avis sur le sujet... Comme souvent lorsque les réseaux sociaux s'emparent d'un sujet, la haine domine et les vraies idées pour sortir de la crise ne sont plus audibles. Certains surfeurs prennent néanmoins les devants et s'expriment, souvent sous une pluie d'insultes... Mais pourquoi tant de haine, et d'ignorance?

Disons-le tout net: nous nous garderons bien d'ajouter à la cacophonie ambiante en prenant position, tout simplement car nous ne sommes ni des spécialistes des requins, ni des locaux de la Réunion. En introduction, nous laisserons donc la parole à un mec qui peut se targuer des 2, Jérémy Florès:

"Pour ceux qui se permettent d'insulter Kelly Slater... J'invite vraiment à tout les amoureux du surf et de la mer en générale à mieux se renseigner sur nôtre crise "requin" à La Réunion. Le sujet est très sensible donc pas besoin de vouloir critiquer à l'aveugle, surtout pour les personnes qui ne sont jamais venu à La Réunion. C'est trop facile de critiquer ou juger sans savoir. Nous, les surfeurs, sommes des amoureux de la mer, nous protégeons et contribuons tout les jours à la protection de l'océan. Quand un des plus grands environnementaliste comme Kelly Slater se positionne sur notre crise, ne faut t'il pas se demander pourquoi ? Lui qui a tant contribué à la protection de l'environnent, beaucoup plus que vous tous réunis. Donc posez vous la question, renseignez vous, puis ensuite revenez vers nous avec des solutions et non pas de haine. Nous avons perdu trop de frères. Il faut que ça s'arrête".

Voilà ce que Jérémy a posté ce jeudi suite au déferlement d'insultes subies par Kelly Slater, puis par Michel Bourez, suite à leur déclarations respectives, favorables à une coupe franche dans la population de requins bouledogues autour de l'île, suite à la mort d'un jeune bodyboardeur à Saint-André mardi dernier, portant à 20 le nombre d'attaques depuis 2011.

Michel quant à lui considérait dans son post, que "personne ne veut tuer les requins, ils sont dans leur élément. Mais en ce moment la situation à la Réunion n'est plus sous contrôle. Les requin bouledogues sont en surnombre, pour de multiples causes, et le déséquilibre est flagrant. Ne soyez donc pas trop rapides à juger Kelly Slater et Jérémy Flores pour ce qu'ils ont dit."

(Suite de l'article plus bas)

Alors, faut-il pour autant tuer des animaux sauvages?

Cette nouvelle attaque mortelle révèle la tension latente qui opère sur place, et l'effet amplificateur des réseaux sociaux fait le reste. Il est certain qu'il vaudrait mieux s'attaquer aux vraies causes du problème, comme la sur-pèche dégradant l'environnement naturel des requins et déséquilibrant l'équilibre de la faune de facto, la pollution et les activités humaines autour de l'île, ainsi bien entendu qu'une réserve naturelle très mal placée, entre autres causes évoquées. Rappelons aussi que ce requin était largement et culturellement chassé là-bas jusqu'en 1999, et que personne ne s'en offusquait puisqu'il s'agissait, selon les locaux, de "maintenir un équilibre qui n'existe plus aujourd'hui". En effet, le requin est sans doute l'une des rares espèces du règne animal à pouvoir passer d'espèce protégée (pour le requin bouledogue depuis 2015) à un état de surpopulation. L'absence de prédateurs pour cet animal dans cette zone jouant son effet, et handicape de fait toute une chaîne alimentaire sous lui.

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Ensuite, qu'est-ce que les surfeurs ont à dire, peut-on entendre. Et bien peut-être peuvent-ils donner leur opinion car ils connaissent mieux le problème que les plagistes, par exemple? Et aussi, et surtout, parce que le pôle Surf de la Réunion est très actif, reconnu et de très bon niveau. La preuve? Le meilleurs surfeur français (on ne va pas le renommer) vient de là, tout comme la meilleure surfeuse française Johanne Defay. Des éducateurs amènent les jeunes à l'eau quotidiennement pour l'entraînement: dans quelles conditions cela doit-il être fait?

Evidement, l'opinion générale (et publique) est totalement contre l'abattage des squales. "C'est leur élément" comme argument massue. Certes. Mais c'est la même opinion publique d'ailleurs qui ne veut pas entendre que l'homme pourrait se passer de manger des animaux car il n'est pas fait pour ça, au départ - tous les nutritionnistes sérieux sont désormais unanimes. Quel rapport entre des animaux élevés et tués pour l'alimentation humaine, et des squales sauvages, diront certains? Animaux abattus pour manger ou par "souci d'équilibre" ont en commun ceci: dans les 2 cas, il s'agit d'un massacre organisé. Donc on surprotège une espèce et on en décime d'autres parce que comestibles? Et ce dans le même élément? "L'opinion publique" a visiblement une conscience à 2 vitesses... Mais c'est ainsi. Faut-il abattre des requins à la Réunion? Nous ne répondons toujours pas à cette question. Pour les raisons évoquées plus haut. Mais par tous les Saints du surf - s'ils existent, évitons de s'enflammer sur des sujets qu'au final la plupart ignorent dans les grandes largeurs.

Déplorons simplement que comme souvent, ce sont ceux qui n'y comprennent rien qui s'expriment le plus bruyamment, et espérons un retour au calme rapidement, aussi bien sur place que sur la toile. Nous suivrons cette affaire de près...

Pour se détendre, on se remet l'épisode "Radical Times" à la Réunion, avec Jérémy Florès justement.