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Les vagues artificielles sont-elles une bonne chose pour le Surf?

Le créateur du Wavegarden s'exprime

La destruction du surf, ou les contradictions d’un surfeur?

Alors que le premier Wavegarden public va ouvrir ses portes dans quelques semaines au Pays-De-Galles, il était temps de rencontrer l'homme qui a crée ce système de vague artificielle: le surfeur et ingénieur basque Josema Odriozola. Il partage avec nous sa vision de ce que cela peut changer, en positif comme en négatif, dans le milieu du surf comme dans la culture surf.

L’essai intitulé ‘The Destruction of Surfing, or the Contradiction of the Surfer’, était présenté au Surfilm Festibal de San Sebastian, durant l’exposition sur le thème ‘Surf, Civilisation et Barbarisme’. Discussion avec le créateur du Wavegarden.

La création systématique de la vague parfaite: elle dépend en fait de l’équation sur comment, quand et pourquoi la vague casse. Un long processus empirique a pris place, tant les données sont compliquées en la matière, et surtout de sources multiples. L’idée étant finalement de rassembler toutes ces connaissances, dans un système capable de créer une vague selon tous les critères choisis. “Quand nous avons commencer à réfléchir sur la chose il y a de ça 10 ans maintenant’ se rappelle Josema, “notre expert en propriété intellectuelle n’en revenait pas du nombre de brevets déposés autour de cette idée. Il m’a alors demandé si je ne préférais pas m’embarquer sur la quête du Saint Graal, qui lui semblait plus simple à aborder…” Cela en dit long sur les attentes et les fantasmes autour de ça.

L’océan, dans son immensité infinie, ne pourra bien sûr jamais être reproduit. Ni lui, ni sa puissance, d’ailleurs. En revanche, concevoir une machine capable de reproduire un onde qui va elle même engendrer la vague parfaite, c’est ce qu’il est désormais possible de faire. Mais maintenant que le Wavegarden est une réalité, il entraîne derrière lui une nuées de questions en tout genre.

D’abord, est-ce que ces technologies autour des vagues sont bonnes pour l’environnement, par exemple? Bien sûr, et comme chaque nouvelle technologie, tout n’est jamais tout blanc ou tout noir. Il s’agit plutôt de se demander comment utiliser la bonne technologie. Si l’on prend l’exemple de celui du Pays-De-Galles qui va bientôt voir le jour, il a été érigé sur le site d’une ancienne usine d’aluminium. Le sous-sol a bien sûr été décontaminé, tout ce qu’il était possible d’être recyclé l’a été pour fabriquer une partie du bassin, et l’activité économique, en berne depuis l’arrêt de l’usine, en sent déjà les frémissements dans toute la région.

Il est bien trop simple d’imagine que le développement humain, ou même toute activité humaine, peut être faite sans dommages collatéraux à l’environnement. C’est même utopique. Mais faire les choses avec ces préoccupations en tête, sont désormais, et pour toujours, une obligation vitale. Alors où s’arrêter, dans ces conditions? Quand décider que l’on ne doit plus rien modifier à notre milieu, puisqu’on est tous d’accord pour dire que l’on a bien trop tiré sur la corde? Est-ce que les snowboarders voudraient que les stations de ski arrêtent de se développer? Ou voire même disparaissent?  Certains, peut-être, mais tant qu’on y est pourquoi ne pas aussi enlever les routes qui mènent aux montagnes. Et ensuite nos maison, quoi dire là-dessus? C’est certain, Josema voit les choses en grand…

Le but des réflexions de Josema, que l’on saisit au vol, ce n’est pas d’identifier le point de développement idéal pour l’activité humaine, notamment quand elle touche aux éléments de notre environnement, ou de définir à partir de quand on peut considérer que nos activités, nos loisirs, accélèrent irrémédiablement notre propre destruction. Ces questions-là sont quasiment gouvernementales. Il ne s’agit pas non plus de disserter sur la contradiction de cet amoureux de la nature vierge qu’est le surfeur, qui irait trouver son bonheur au cœur-même de la dernière technologie, alors qu’il a toujours essayé de s’en échapper. Finalement, le but est peut-être de retomber sur une autre contradiction soulevée par le Wavegarden: le surf est-il fait pour être partagé? Par le plus grand nombre, notamment… Alors que les surfeurs ne partagent même pas les vagues entre eux.

L’auteur de l’essai en question, guidé par la vision assez globale de Josema sur le sujet, a eu la chance peut avant de se lancer dans ce projet d’écriture, de surfeur quelques jours en famille, sur un spot du Pays Basque quasiment désert. Le genre d’endroit de plus en plus difficile à dénicher, mais qui demeure sauvagement gardé par quelques locaux. Il parle donc aussi de cette contradiction flagrante, d’un spot à l’autre, où d’un côté on tient à garder son localisme et autres petits secrets intacts, de l’autre on veut apprendre le surf à ses enfants, ses amis, bref tout son entourage. Le réflexe est humain, et mènerait aujourd’hui notre écureuil basque, s’il en avait la possibilité, à sauter de board en board sur un spot comme la Cote des Basques à Biarritz, sans même toucher l’eau, tant il y a de monde qui s’y essaye.

 

Alors quand on entend que le Wavegarden va rameuter des hordes de sans-foi-ni-lois sur nos spots, je ne peux m’empêcher de sourire à l’éternelle et désormais flagrante contradiction du surfeur. Une contradiction unique, mais qui se manifeste sous une grande variété de formes. Une contradiction si intrinsèquement liée à la pratique du surf, qu’il me paraît presque impossible d’y trouver une issue. Alors pourquoi pas vivre avec notre temps, dans le respect de l’environnement le plus grand possible, et en tirer le meilleur profit? Notre problème principal sera toujours le même: l’utilisation de ressources limitées par une nombre toujours grandissant d’individus. Et nous ne sommes pas programmés pour résoudre cette équation de base. Même un surfeur, aussi conscient soit-il.

La popularité grandissante du surf l’entraîne irrémédiablement à sa perte. Nous essayons de résister. Que devrions-nous faire? Devrions-nous interdire les écoles de surf? Devrions-nous arrêter d’apprendre le surf à nos proches? Est-ce que le snowboarder souhaitant la fin des stations a un réel souci environnemental, ou pense-t-il juste à faire plus de randonnées en hors-piste en solo? Et ces surfeurs qui vivent près des vagues, ont-ils vraiment le droit d’empêcher les autres de s’y mettre? Sous quel prétexte? Parce que ce ne sont pas des vagues créées par Mère Nature? Toutes ces questions demeurent…

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