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Sujets magazine

EDITO 95: AUX PREMIÈRES LOGES

PREMIÈRES LOGES

A l’heure où chacun rêve de destinations chaudes, exotiques, tropicales, je ne lancerai pas un appel au voyage aussi inutile que déplacé. Qui n’a pas envie de partir de toute façon!? Mais je vais quand même vous parler de distance, pas en milliers de kilomètre, mais en mètres, voire au centimètre près…

Lors de ma dernière session, j’ai regretté n’être plus à l’école pour pouvoir annoncer fièrement à mon prof de maths qu’un mètre, ce n’est pas que 100 cm et qu’il peut faire bien plus! La géométrie des tableaux noirs, n’étant pas celle des line ups, je lui aurait dit que comme la minute et ses soixante secondes peuvent parfois paraître une éternité, le mètre peut lui aussi sembler sans fin.

Je m’explique…

La houle frappait fort le banc de sable, les séries étaient consistantes et envoyaient en bon ordre de marche systématiquement 5 à 6 vagues. Bref c’était la session hivernale typique! Je moulinais pour passer la barre et à force d’enchainer les canards, je me rapprochai du line up et des quelques gars que j’avais en ligne de mire. J’avais à côté de moi un compagnon d’infortune qui mettait la même énergie à tenter de rejoindre le large. Puis, une petite mousse est venue me déstabiliser, juste assez pour me faire perdre quelques précieuses secondes, mettre un petit grain de sable dans ma merveilleuse mécanique d’athlète. Et surtout assez pour me faire perdre un précieux mètre…

Puis évidemment, la série a pointé à l’ horizon pour nous forcer à un sprint final…ou fatal, au choix. Je n’étais qu’à quelques mètres des surfeurs du line up. Certains se sont mis à ramer un peu plus au large pour se mettre à l’abri mais j’y étais presque, je pouvais quasiment leur parler, leur demander d’attendre…de m’attendre…

La ligne de crête de la première vague a frisé, la lèvre a jeté et je suis passé dessous in extremis en sentant son massage puissant dans le dos. J’ai refais surface, mais la seconde vague était malheureusement plus grosse et, décalage oblige elle a éclaté à deux mètres devant moi, avec assez de distance pour que la mousse rebondisse furieusement et s’applique à pulvériser ma tentative de canard. L’autre surfeur, ce traitre, ce lâcheur… est passé. Je l’ai vu traverser, avec grâce en plus, le mur de la vague. Il est passé et s’est sorti d’affaire.

Les autres vagues de la série ont été moins grosses mais je les ai pris quand même en pleine gueule, perdant à chaque fois 10 mètres. Je distinguais maintenant sa silhouette au large, il m’a même fait un signe de la main. C’est vexant, lui pouvait maintenant se concentrer sur le surf moi, je serrais les dents en maudissant ce petit mètre qui m’avait manqué au départ. 100 cm fatales. J’ai baissé la tête, posé presque le menton sur la planche et remis la moulinette en marche…Une autre série a ensuite levé, le pic a été parfaitement partagé. Un surfeur sur la droite, l’autre sur la gauche. Un bel ordre naturelle, une magnifique partition, avec comme chef d’orchestre l’océan et musiciens les surfeurs. Mais sans moi… Je me suis assis sur ma planche, comme un spectateur sur un strapontin en me disant que j’aurai tord de ne pas en profiter d’un tel spectacle étant aux première loges.

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