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Sujets magazine

A la poursuite de Sandy

Mon père m’avait parlé d’une île où il avait emmené ma mère pour passer leur lune de miel. Ils avaient été séduits par la beauté primaire du lieu, par la paix qui y régnait et la gentillesse des locaux. Ils y étaient retournés d’ailleurs chaque année depuis trois décennies… La partie qui m’intéressait le plus concernait les vagues évidemment. Il parlait d’une pointe sablonneuse avec des tubes puissants dans un coin particulièrement isolé de l’île; l’intensité de la vague et du courant était telle ,que le bon bodysurfeur qu’il était à l’époque , avait dû pourtant capituler…. Nous en avons longuement parlé ensemble ; il pensait qu’avec le niveau du surf actuel et le type de planches utilisé, c’était peut-être un bon spot à découvrir. J’en étais convaincu…

Un bleu électrique, un sable ultra blanc, personne à des kilomètres à la ronde, Alex Botelho heureux d’avoir fait le voyage. Photo: Al Mackinnon

Un problème subsistait… plusieurs en fin de compte… La vague était très capricieuse, une sorte de « Belle au Bois Dormant »…ce dernier adjectif étant à souligner en premier ! De plus, le voyage était long et coûtait fort cher. Troisièmement, pas de logement possible sur place et pour conclure en guise de quatrièmement, la forme du banc de sable changeait beaucoup au moment des cyclones et la vague pouvait se transformer en un close out bien désordonné…
Longtemps j’ai attendu le bon moment pour partir, la bonne fenêtre météo pour tenter d’explorer cet endroit ; ce jour arriva avec l’apparition de Sandy. La météo américaine prévoyait l’un des cyclones les plus dévastateurs de l’histoire avec des vents pouvant atteindre 175 km/h qui se dirigeaient sur quelques grands centres urbains de la Côte Est. Mais ce cyclone semblait aussi offrir aux surfeurs l’angle de houle parfait pour tester ce banc de sable mystérieux…

Tout l’intérêt du quad sur une vague qui freine, puis accélère, puis freine à nouveau puis ré-accélère et tout cela dans le tube. Photo: Al Mackinnon

Les problèmes mentionnés plus haut n’étaient rien en comparaison de ceux que nous avons rencontrés pendant le trip. Je n’ai pas réussi à trouver un vol le bon jour, les avions n’étaient pas certains de décoller avec ces conditions météo. De plus, je n’étais pas arrivé à convaincre quiconque de m’accompagner. Vu ce que m’avait dit mon père, j’avais besoin de tuberideurs expérimentés, capables également de voyager. J’ai appelé plusieurs pros : Greg Long était intéressé mais il a dû répondre aux exigences d’Hollywood au dernier moment avec le tournage du film Chasing Mavericks. Son frère Rusty était en Sardaigne, Alex Gray s’envolait pour Hawaï, les frères Geiselman avaient eu apparemment des informations sur le spot et ils n’étaient plus très motivés, Dillon Perillo séjournait aux Canaries et lui, semblait motivé jusqu’à ce qu’il parle aux Geiselman…bref , c’était la débandade mais j’étais heureux d’avoir avec moi le jeune Nic Von Rupp et le budget de Monster Energy pour ne pas m’endetter avec ce trip… Mais, un coup du sort fit renoncer Nic encore au dernier moment à cause d’un voyage de famille à Jérusalem qu’il avait promis de longue date… Mon problème, c’est que j’avais déjà réservé tous les vols…

Il était bien possible que je me retrouve tout seul sur une île déserte, ravagée par la tempête… et qui prendrait les photos ? Avec quel retour sur investissement? Une pure folie… J’avais pensé tout annuler mais les billets d’avion n’étaient pas remboursables et vraiment trop chers. « Après tout, c’était un swell que tout le monde attendait, il y aurait bien un ou deux chargeurs des Caraïbes pour me rejoindre sur place…et si je partais, je pourrais au moins les photographier moi-même… » voilà ce que je me disais !

Nic ne m’avait pas oublié complètement; un de ses potes Alex Botelho semblait intéressé par l’aventure. Je ne le connaissais absolument pas mais d’après Nic, c’était un bon surfeur. Je l’ai appelé à moins de 24h du départ pour lui expliquer la situation. Il n’avait jamais entendu parler de moi non plus mais je n’ai pas attendu longtemps pour le convaincre et il s’organisa rapidement pour me rejoindre le lendemain matin.
Nous avons eu beaucoup de chance de partir de Londres avec nos vols différents… en embarquant sur un dernier petit avion, nos planches n’étaient plus sûres d’être acceptées à bord si un dernier voyageur se présentait…et il n’y eut personne heureusement…

En découvrant la vague le premier jour, ce fut un énorme soulagement d’avoir Alex avec moi quand tous les autres m’avaient fait faux bond. Nous ne nous connaissions pas et des tubes de folie déferlaient devant nos yeux … sans aucun autre surfeur à la ronde. A l’époque de Google Earth, des prévisions météo et surf hyper précises, nous pouvions encore nous retrouver ainsi sur une île déserte avec des vagues parfaites !!! Je regardais ces tubes, bien galbés de haut en bas, rapides, presque trop rapides qui déroulaient sur plusieurs centaines de mètres…je pensais qu’en essayant de partir sur l’une de ces vagues qui doublait systématiquement, je me serais fait vaporiser et j’aurais pété ma planche sur la première vague. Rester coincé ici, sans planche, sans parler à quiconque… à photographier les plus belles vagues de ma vie sans personne dessus ???!!!”

Pas un take off tranquillou…photo: Al Mackinnon

Alex se révéla être le partenaire de voyage idéal, calme, attentif, marrant parfois, bon tuberideur et dur au mal aussi : il assuma de ne plus avoir d’eau et de bouffe rapidement. Nous avions failli perdre notre voiture de location dans les inondations, le prix de la nourriture était hallucinant et les attaques de moustiques… incessantes! Gardez à l’esprit que j’ai connu les jungles de l’Afrique de l’Est, de la Papouasie Nouvelle-Guinée, etc… mais ça ne m’avait visiblement pas suffisamment préparé aux attaques que nous avons subies sur l’ île. A un moment, juste une heure après le coucher de soleil, Alex compta plus de 200 piqûres sur mon dos et nous avons estimé que le nombre pourrait atteindre le millier sur l’ensemble du corps. Mais nous savions que tout cela valait le coup car nous surfions les vagues les plus incroyables de nos vies. Et c’est Alex qui résuma le mieux la situation: ces vagues ont pour toujours conditionné ma perception de la perfection.”

Un tube à rallonge et qui gonfle au fur et à mesure. Alex Botelho. Photo: Al Mackinnon

CARAIBES: Y ALLER

C’est où? Il y a 29 îles principales; chacune dispose d’un aéroport, la plus petite étant Tobago et la plus grande Cuba et la région des Caraïbes couvre environ 235 830 km2. La température de l’eau est quasiment la même partout, avec une petite différence entre les façades atlantique et caraïbe. Au niveau des vagues, en règle générale, plus vous allez à l’intérieur des Caraibes, moins il y en aura… La règle s’applique dans une moindre mesure entre le Nord et le Sud : Puerto Rico reçoit plus de houle que Grenade par exemple …

Saison: De novembre à mars, cela coïncide avec notre hiver, avec de grosses dépressions circulant dans l’Atlantique Nord qui arrosent aussi bien nos côtes que celles les Antilles. Le vent à cette époque, l’alizé, peut poser problème, mais il y a toujours une fenêtre météo avec un peu moins de vent lorsqu’un front froid arrive. Et de toute façon, la géographie insulaire permet en général d’aller chercher le vent offshore de l’autre côté quand la houle est assez consistante pour faire le tour.

Matos: votre planche habituelle suffira, si possible un peu plus large et courte pour correspondre aux conditions normales. N’hésitez pas à prendre un fish ou un malibu. Généralement , les vagues des Antilles sont moins puissantes que sur les bons spots en Europe mais comme il n’y a souvent que des reefs, la vague change d’aspect et le challenge peut être tout à fait différent en fonction de la houle. Vous n’aurez pas besoin d’un gun hawaïen mais de détermination et de courage pour vous attaquer aux meilleurs spots de l’île.

Prix: c’est l’une destination charter depuis la France, avec de nombreux vols quotidiens effectués par diverses compagnies. Evitez simplement les vacances scolaires car certaines îles sont des départements français comme la Guadeloupe, la Martinique et qu’ils sont envahis par les touristes à ces périodes.
Pour le logement et le transport, des options pas trop chères existent… par contre, le trip bateau dont on rêve, est généralement hors de prix. Chaque île regorge de spots pour vous éviter de dépenser toutes vos économies dans un trip en catamaran…

Pourquoi surfer là-bas: vous n’y trouverez pas des barrels comme en Indo, de la puissance comme à Hawaï ou à Tahiti (sauf si vous scorez comme dans le trip ci-contre évidemment), mais de la fréquence : vous pourrez surfer quasiment tous les jours des vagues fun. Idéal pour travailler votre surf newschool, pour vous remettre en forme et pour des sessions en boardshort. Cette destination surf est souvent négligée et pourtant les surfeurs y sont relativement peu nombreux, l’eau est chaude sur les reefs et une bonne ambiance générale domine…un vrai «  cocktail de luxe ». Surfer en majorité des reefs demeure un luxe en soi quand on quitte nos beachbreaks européens. De plus, ils résistent mieux aux caprices du vent.

Bonus: du jour au lendemain dans l’eau chaude. En considérant le temps de vol et le décalage horaire, vous pouvez décoller de Paris vers midi et arriver le soir aux Antilles. Le décalage vous permet de vous lever avant l’aube, frais et dispo pour votre première session…

Local: la musique va du Calypso au Rap au Zouk, au Dancehall au Kompa et jusqu’ au Reggae bien sûr… allumez la radio locale ou achetez un CD bien roots…et baladez vous les vitres ouvertes…pour la bouffe : poissons, poulets, légumes et fruits mûrs, tous délicieux et colorés en comparaison avec nos produits importés… verts et dépourvus de saveur. Ramenez aussi une bouteille de Rhum, choisissez une marque locale… pas celle que vous trouvez habituellement au Leclerc du coin…

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