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“Pourquoi j’aimerais être le premier surfeur ouvertement gay sur le World Tour masculin”

Texte: Craig Butler, 7 fois Champion d’Irlande de longboard

Je suis aujourd’hui dans une phase de ma vie qui m’aurait fait complètement paniquer il y a quelques années. Si quelqu’un avait prononcé le mot « homosexuel » en ma présence, je serais devenu tout rouge et j’aurais commencé à transpirer. Je ne sais pas exactement comment j’en suis arrivé là, mais je suis très content de raconter ça aujourd’hui.

Alors, je voudrais vous dire quelque chose. Quelque chose qui fait partie de moi. Une chose avec laquelle vous ne serez peut-être pas d’accord et qui pourrait vous faire penser : «Qu’est-ce que ça peut bien avoir à faire avec le surf ? » La vérité, c’est que ça n’a probablement rien à voir avec le surf. Mais mon adolescence aurait été beaucoup plus facile si j’avais pu lire un article sur un surfeur pro expliquant qu’il se débattait avec les mêmes problèmes que les miens. Rien que cela aurait pu soulager mes inquiétudes. Peut-être que si j’avais pu voir que les homosexuels étaient bien acceptés dans la communauté du surf, alors je ne serais pas devenu une personne aussi nerveuse et anxieuse que je le suis aujourd’hui. Je sais que ça aurait fait une grande différence pour moi, en tant qu’adolescent, et je crois que ça peut faire une différence pour les mille et quelques personnes aujourd’hui qui sont dans la même situation.

J’ai grandi en surfant en Irlande, ce qui ne pouvait pas être une situation plus éloignée de celle des palmiers de Venice Beach ou des sessions en boardshorts en Indo. En Irlande, il fait froid, sombre et l’expression « se les geler » prend tout son sens. Nous avons une communauté très soudée ici. On connaît tout le monde et le milieu du surf, c’est un groupe de gens qui mettent des collants en laine, des bonnets bien chauds et qui boivent du thé ! Il n’y a pas de localisme à l’eau, la pire situation à laquelle tu puisses être confronté, c’est de te faire dropper. Puis, le type qui t’a droppé va finalement venir s’excuser en revenant à la rame. On peut dire qu’il y a beaucoup de respect entre les surfeurs sur les spots. Les surfeurs qui nous rendent visite sont accueillis à bras ouverts et immédiatement acceptés dans la famille. Ce sont vraiment des choses très belles à vivre et à voir.

En grandissant, je ne me suis jamais accepté en tant qu’homosexuel. Je voulais juste être meilleur, mais je pensais que les gens allaient me détester s’ils découvraient mon secret, tout particulièrement ici en Irlande tout le monde est si rigide. J’ai lutté contre des pensées suicidaires, me disant que je devrai mettre fin à mes jours si quelqu’un découvrait que j’étais gay. Je me souviens de quelque fois où les gens ont presque découvert mon secret, et je me suis dit : « Voilà, c’est la fin, il n’y a pas de place pour les surfeurs homosexuels. » Sur Google, je cherchais gay professional surfers, mais je ne trouvais jamais rien. Bien sûr, il y avait des sportifs ouvertement gay de ci de là, mais pas un seul surfeur, ni rien du tout à quoi je puisse me relier. Cela n’a fait qu’accroître mon sentiment de solitude et la croyance que j’étais la seule personne à lutter dans cette situation. Je me sentais comme le seul type sur terre qui soit dans ce type de difficultés. Quel que soit le nombre de contests que je remportais ou le cumul des bonnes journées de surf que j’amassais, rien ne m’enlevait cette sensation. Je voulais juste qu’on m’apprécie pour qui j’étais, mais je ne parvenais pas à imaginer une vie où les gens m’acceptent en sachant que j’étais homosexuel.

J’ai une mère très aimante et très compréhensive, qui possède le surf shop local, mais je ne pouvais qu’imaginer sa déception lorsqu’elle découvrirait que j’étais une « tapette ». J’ai vu de nombreux thérapeutes étant plus jeune et j’avais même peur de leur confier le secret que je dissimulais scrupuleusement.

Qu’est-ce qui a donc changé ?

Je crois que je me suis senti beaucoup mieux dès le moment où j’ai terminé l’école. Je n’avais plus besoin de faire le dur à cuire pour me cacher de la vérité. Et cela a fait que les gens sont un peu plus venu vers moi. Puis on m’a ensuite proposé un rôle dans le documentaire OUT in the Lineup, quelque chose que je n’assumais vraiment pas du tout. Mais après y avoir réfléchi pendant quelques mois, j’ai réalisé que, si je devais faire mon coming out, alors il n’y avait certainement pas de meilleure manière de le faire. Bêtement, je pensais qu’il n’allait jamais être projeté en Irlande, et donc que je n’avais pas à m’inquiéter que quelqu’un le voit ici.

Puis, alors que j’étais en voyage en Nouvelle-Zélande avec un groupe d’amis d’enfance, le film a été projeté dans un festival en Irlande. J’ai complètement paniqué. J’étais surpris même, je commençais à recevoir des e-mails et des messages de la part de tout le monde, il y avait des messages de la part de surfeurs en Irlande, qui me félicitaient et me rassuraient en me disant que ce n’était pas un problème. J’ai ensuite fait mon coming out auprès des amis avec lesquels j’étais en voyage et ils se sont montrés très naturels et compréhensifs. L’étape finale a été de faire le grand pas et de révéler cela publiquement, à tous les gens que je connaissais, et donc j’ai simplement décidé de le poster sur Facebook. J’étais en train de faire quelque chose que je n’aurais jamais imaginé faire : j’avais révélé mon secret. À ma grande surprise, personne ne s’inquiétait de ma sexualité (de la manière négative que je craignais je veux dire). Tout le monde m’a soutenu et m’a démontré de l’amour. Bien sûr, cela aura été quelque chose d’assez difficile pour moi, mais j’ai compris que ce n’était pas difficile pour les autres, parce que cela n’avait pas d’impact sur leur vie à proprement parler. Le jour où j’ai fait mon coming out a soigné beaucoup de blessures des années que j’ai passées dans la solitude, à me détester pour qui j’aimais. Ma mère n’a pas du tout été déçue de moi, son surf shop n’a pas fait faillite à cause de ma sexualité, et elle était même très heureuse pour moi.

Si je dis tout ça aujourd’hui, ce n’est pas parce que je pense que les gens s’intéressent à ma sexualité. Mais je pense que la présence de la communauté LGBT dans le surf devrait être mieux prise en compte. Et encore une fois, avec un pro qui fait son coming out, peut aider beaucoup de jeunes gens. Pas besoin de peindre un arc-en-ciel sur sa planche, mais il s’agirait au moins que les gens gardent leurs opinions négatives pour eux-mêmes. Adolescent, je me souviens être tombé sur une discussion en ligne sur l’homosexualité dans le surf. Je me souviens avoir lu des commentaires homophobes et je me rappelle avoir eu ce sentiment de malaise et de me dire à moi-même : « waouh, c’est comme ça que je vais devoir vivre ?! ».

Aujourd’hui, je travaille dur pour me qualifier sur le World Longboard Tour. Je souhaite devenir le premier surfeur ouvertement gay sur le World Tour. Ce rêve n’a rien à voir avec ma sexualité, c’est juste quelque chose que je souhaite depuis des années. J’ai un grand amour pour la compétition. J’ai gagné mon premier titre national à l’âge de 13 ans. Et j’en ai gagné encore 6 depuis. Je suis actuellement champion d’Irlande en titre et je projette de conserver ce titre en 2016. Je viens de devenir pro après avoir reçu le soutien d’O’Neill. Donc, aujourd’hui, après tout ce que j’ai traversé, je veux être porte-parole de tous ceux qui, dans notre sport, souffrent en silence. Je veux que les gens sachent qu’ils n’ont pas l’obligation de traverser cela seuls et qu’il y a plein d’autres surfeurs qui luttent avec les mêmes problèmes. Je sais que si j’avais pu lire un texte comme celui que je suis en train d’écrire quand j’étais gosse, cela m’aurait donné du courage et du soulagement. Je sais qu’avoir un exemple de surfeur homosexuel dans le monde du surf pourra apporter beaucoup de soutien à beaucoup de monde. Je suis donc là pour dire que je souhaite être cet exemple. Je veux être cette personne parce que je sais à quel point c’est difficile de grandir en tant que surfeur homosexuel et que je pense qu’il n’y a pas modèle vers qui se tourner, personne à qui se relier, personne qui n’ait traversé les mêmes difficultés.

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