On connaît tout ce vieux sage hindou qui dit dans un proverbe que la rivalité entre frères est celle qui est la plus pure et la plus intense. C'est la chose la plus véridique qui n'est jamais été inscrite sur les murs d'une grotte himalayenne. Mais, c'est aussi e même vieux sage hindou qui a un jour écrit, exactement dans la même grotte et sur le même mur, que celui qui saura déchiffrer le mouvement complexe d'un beachbreak français atteindra l'illumination plus rapidement que les autres. Voici une autre vérité absolue.

Et c'est ce qui se passe en 2004, lorsque les deux frères, Andy et Bruce, se rencontrent dans une finale du World Tour, pour la toute première fois, sur le beachbreak français que l'on connaît sous le nom de La Nord, où les bancs de sable ont trouvé une position incroyable pour faire fonctionner le spot. Les vagues sont énormes et le duel incroyable. C'est Andy qui en sortira victorieux avec 17 points contre 12. Plus tard, cette année-là, Andy remportera son troisième titre successif de champion du monde, et l'année suivante,  sa troisième victoire consécutive du Quik Pro France, démontrant à ce titre sa maîtrise inégalée des bancs de sable français.

Texte par Gary Browningstone

OK, techniquement, ce n'était pas sur le site de la compétition, mais c'était pendant l'événement, donc ça compte.

C'était en 2005. Lors des sessions de freesurf à la Gravière, Shane Beschen se fait dropper par un surfeur local sur une gauche creuse de taille moyenne. Beshen lui retourne le compliment sur la série suivante et dégaine le majeur de sa main droite devant le local. Le local décide de ramer vivement vers Beschen et le gifle de but en blanc. AI, qui passait par là, s'exprime : «Whoa, C'était pas cool ça ! ». En effet.

Quoi qu'il en soit, le groupe de pro parcourant le monde n'était pas très jovial à cette idée, sentiment assez fortement incarné par Occy, qui monte sur scène au Waterman's Ball de l'Eurosima, plus tard dans la soirée, pour recevoir un Oscar, à Biarritz.

Une fois sur la scène, Occy, qui avait déjà bu quelques verres, attrape le micro d'une main, pointe son index vers l'audience avec l'autre main et s'exprime :

« La première fois qu'on est venu en France (longue pause) aucun de vous ne surfait. » Son doigt balaie la salle de manière accusatrice, s'arrêtant vaguement sur certaines personnalités importantes de l'industrie du surf française.

« Aucun de vous !»

Andy et Bruce, avec qui Occy était assis à la table du premier rang, hurle et siffle avec joie et satisfaction. Le reste de la salle reste dans un profond silence.

« Aucun de vous ne surfait ! » continue Occy, comme pour clarifier le message qu'il venait de délivrer, et de continuer :

« Les Espagnols et les Basques ne me dérangent pas, ils ont toujours été très cool. Mais vous les gars, les français… Aucun de vous ne surfait ! »

Après un instant un peu étrange, Occy s'est rassis et la soirée a repris son cours en continuant ses missions importantes, comme délivrer le prix de l'innovation aux planches S-Core de Salomon, aux caleçons Pull-In et d'autres choses très cruciales.

Mick+Fanning+Joel+Parkinson+ASP+Men+World+x25L5wUpXuel

Quiksilver pro 2005 hossegor Fanning Vs Flores par cedisdeadLe véritable honneur, c'est de garder la tête haute alors qu'on est sûr d'échouer. J'ai bien l'impression qu'un sage grec a dit une fois quelque chose comme ça et si je ne me trompe pas, il a aussi dit : « Se caler dans un barrel qui ferme, c'est le signe qu'on a l'étoffe d'un grand héros, » Bon, si il n'a peut-être pas dit ces deux choses, le sage, alors c'est peut-être qu'il n'était pas si sage que ça et peut-être même qu'il n'était pas grec alors.

En 2005, Jérémy Flores était une petite tête à claque de 17 ans, qui faisait ses débuts sur le World Tour en tant que wildcard au Quik Pro. Les premiers rounds se déroulent à la Gravière où les vagues sont énormes et assez méchantes, avec de grosses détonations dans une eau peu accueillante. Flores termine deuxième après Kelly au premier round, et trouve le chemin d'une victoire inattendue contre Mick Fanning au deuxième round, s'échappant d'une droite en même temps que la corne de brume annonçant la fin du heat, avec un bras levé en guise de claim. Les Français sur la plage deviennent complètement hystériques.

Au round 3, la compétition se déplace sur le spot de la Nord, où les vagues étaient plus grosses et plus méchantes, avec une lèvre vraiment carrée. Il s'oppose de nouveau à Slater. Sur la première vague de la série, Flores droppe sur une grosse gauche, grab le rail et disparaît... au revoir. Mais quelques secondes après, surprise, il réapparaît, victorieux. Les Français sur la plage redeviennent hystériques. Puis le score est annoncé : 9,17 ! À nouveau, les Français sur la plage perdre le contrôle, c'est insupportable, c'est une blague ou quoi ? ! « Ça valait un 10 » s'exprime alors Taj Burrow, qui n'est pas français, et qui essaie de se faire entendre dans le mécontentement ambiant. « C'est la meilleure vague de toute la journée. »

Quand Slater répond avec une vague comparable 15 minutes plus tard et reçoit un 9,77, le mécontentement grandit. Les Français considèrent cela comme un geste « industriel ». Des théories du complot se font d'ores et déjà entendre sur la plage et dans la zone des compétiteurs. On peut avancer assez certainement, que Kelly a été surnoté ce jour-là.

Quelques minutes s'écoulent encore avant que l'océan n'offre à Jérémy, qui avait besoin de six points, une autre vague qui fait de l'ombre sur tout le lineup. Une vague qui double, voir même qui triple, ou peut-être même quadruple, dans tous les cas on sentait l'intention de cette vague de pulvériser tout le monde. Le Réunionnais de 62 kg se retourne et commence à partir. La vague était énorme. « Ce doit être une des plus grosses vagues jamais surfer en France, » écrit Surfing Mag à l'époque. Mais Flores était trop deep, bien trop deep, il n'y avait pas de porte de sortie. Jeremy le sait et les Français sur la plage savent aussi. Leur excitation se transforme en peur mais le sourire revient sur leur visage lorsque la tête de Jérémy refait surface puis il salue la foule... les Français repartent dans leur folie joyeuse.

“Super heat, Jeremy," lui livre Kelly alors qu'il passe à côté de lui sur la plage.

“J'espère que tu vas gagné," lui répond Jeremy.

Dooma_Snake_Main

C'est la seule fois qu'un crew de commentateurs se fait censurer au milieu de l'événement, et c'était pendant le Quik Pro France en 2013.

Les commentateurs étaient Jake Paterson et Damien Fahrenfort et le bruit coure que c'est Kelly Slater qui a initié leur censure, après avoir eu le sentiment qu'ils ne prenaient pas les choses assez au sérieux.

Voilà comment ça s'est déroulé, au sujet d'une série avec Parko :

Jake : « je sais pas. Je vais laisser cela aux professionnels. C'est pour cela qu'ils sont payés…»

Dooma : « laissons ça au juge. Ça va finir en beauté. »

Jake : « on parie une bière ? »

Dooma : « je ne sais pas. J'ai le sentiment qu'ils vont le donner à Joel. »

Jake : « les points pour le titre de champion du monde ? »

Ceux à quoi le Tour Manager de l'ASP Renato HIckel répond :

« Entendre des commentateurs Web qui parient des bières, qui spéculent sur le score des juges sur presque chaque vague et qui disent à des milliers de spectateurs Internet que Joël va recevoir des points supplémentaires pour le titre de champion du monde, c'est complètement inacceptable ! C'est une vraie tache sur le webcast. »

Mais oui bien sûr, je sais ce que tu te dis, l'affirmation la plus subversive là, c'est plutôt que des « milliers » de spectateurs regardent le Webcast.

Une affaire compliquée, et pourtant l'une des choses les plus intéressantes qui ne se soit jamais passée sur un webcast en France.

Mick+Fanning+Joel+Parkinson+ASP+Men+World+x25L5wUpXuel

C'est un petit jeu vraiment marrant, le surf. Et c'est encore plus marrant quand ce sont les adultes en Lycra de couleur qui y jouent. L'absurdité de la situation n'a jamais été aussi intense que lorsque Joël Parkinson affronte Mick Fanning dans la finale de 2006.

Deux amis de longue date, ayant tous deux grandis à Coolangatta, et qui avaient traverser les compétitions juniors ensemble pour finir par atteindre le même niveau dans leur carrière de compétiteurs. La finale n'a pas été habituels, en tout cas pas selon les critères de jugement habituels. Parko à très bien surfer comme il l'avait fait pendant tout l'événement et à gagner assez confortablement avec 15 points à 7, sans rien faire de très particulier.

Mais d'une certaine manière, cela a été un moment exceptionnel. Le dernier jour de la compétition, qui se déroule aux Culs Nuls, avait démarré avec le round 4, Mick ce qui veut dire que Mick et Parko avaient déjà surfé trois séries chacun. Les conditions n'étaient pas exceptionnelles, mais un courant transversal faisait en sorte qu'il était presque impossible de rester en place et a grandement contribué à la fatigue des deux finalistes. À environ mi-chemin de la finale, les deux surfeurs prenne une vague simultanément et atteignent la plage presque en même temps. À ce moment de la finale, ce n'est plus une rame tranquille vers le peak que les compétiteurs mettent en place, mais une véritable course pour la priorité. C'est Mick qui atteint le premier le peak, mais en vain, puisqu'il utilise sa priorité sur une vague qui ferme.

« Aussi en forme que je pensais être, je sais que je peux travailler un peu plus ma condition physique maintenant, » indique Mick Fanning après-coup. “j'étais là-bas en finale à ne faire que ramer pendant 25 minutes, ramer, ramer, et au moment où j'ai une vague j'étais si épuisé dans tout mon corps et dans mon esprit, que je n'ai pu rien faire. »

C'est l'un de ces moments où tu te rends compte que Kelly Slater est un martien, un peu comme lors de son 10 sur un no-hands drop à Teahupoo la même année, les New York  et à Bells, le 720 au Portugal, le 4.17, etc.

Tout d'abord, un peu de contexte : c'est aux Culs Nuls, en demi-finale et Slater s'oppose à Brett Simson (Brett Simson ! En demi-finale !), qui est parvenu à accumuler 3 points dans la série. Ce n'est pas une blague, c'est la vérité.

Attendant que la vague atteigne sa partie la plus creuse, Slater se tient tout droit de manière assez fait 80 alors qu'il glisse sur la face de la vague sur une planche qui a l'air un peu petite pour les vagues qui sont bien double-overhead. Il glisse un peu trop loin, vers l'accroche de ces dérives, pivote sur son nose. Alors qu'il essaie de s'adaptertant bien que mal, le rideau tombe par-dessus lui et il disparaît. Depuis un certain nombre de sur la plage, on aurait dit que le spectacle était fini.

Slater réapparaît bien sûr, et on aura jamais vu un score tomber aussi rapidement : le 10 parfait, c'est seulement le deuxième de l'année à ce moment-là, qui est annoncé par le commentateur sur la plage en moins de 10 secondes. D'une certaine manière, c'est évidemment une erreur et certains pensent que Kelly est récompensé de manière injustifiée pour avoir résolu le problème qu'il avait créé lui-même, aussi ingénieuse que soit la solution qu'il ait trouvée. Mais on peut dire que la manœuvre était indubitablement fonctionnelle, ralentissant un peu sa progression sur la vague, ce qui aurait de toute manière été son intention, et le plaçant bien plus profond dans le tube qu'il n'aurait pu le faire autrement.

Slater perd contre Mick en finale et se plaindra d'avoir été coincé sous l'eau pendant deux vagues lors du fresurf suivant, expérience qu'il décrit ensuite comme étant l'expérience la plus proche de la noyade qui n'ait jamais connue de sa vie. La leçon à en tirer : ne pas sous-estimer la puissance d'un beachbreak français.

Il y a des Quik Pro France vraiment incroyables, et puis il y a le Quik Pro France 2012. En comparaison, tous les autres blémissent... Et ceci partiellement parce que Dane Reynolds, alors wildcard, atteint la finale, la deuxième finale du World Tour de sa carrière, juste la saison avant qu'il annonce qu'il va se retirer de la compétition à plein temps. Et partiellement aussi parce que sur sa course vers la finale, il fait un gros air-drop sur une bombe et ressort d'un spray incroyable pour se voir affubler d'un 10 bien mérité. Finalement aussi parce que, plus tard dans la même série, il fait un soul arch sur un barrel géant qui ferme, ce qui a été établi plus tôt, je te le rappelle, comme la marque d'un grand héros par un philosophe grec d'une sagesse assez remarquable.

Donc oui, effectivement, le Quiksilver pro France 2012 était vraiment incroyable, en partie parce que Kelly Slater bat Dane Reynolds en finale, et en partie par ce que le Quik Pro France était le seul événement récurrent du World Tour que Kelly n'avait jamais remporté.

Mais on se souvient principalement que l'avant-dernier jour de la compétition, le Contest Director, Micky Picon, décide de lancer les quarts de finale juste avant la tombée de la nuit plutôt que d'attendre le matin, et que parce qu'à ce moment-là la Gravière offre les conditions les plus grosses et les plus parfaites que l'on ait jamais vues là-bas. Alors que les vagues deviennent progressivement de mieux en mieux alors que les points s'accumulent dans la série, un seul surfeur attire les bombes. Puis John John refile son aimant à vague  à Dane, qui le passe ensuite à Joël, qui se fend d'un soul arch dans une énorme vague béante pour un score de 10 points. Mais ceci n'a pas fait de lui un grand héros mais plutôt une sorte de Dieu vivant, puisqu'à sa sortie de l'eau, en arrivant sur la plage, plusieurs personnes se sont inclinées devant lui.

Alors que l'aimant à vagues arrive dans les mains de Kelly, il a accumulé tellement d'énergie qu'il appelle les vagues de tous l'océan Atlantique. Il faisait si sombre sur la plage que l'on voyait les téléphones portables maintenus en l'air par les gens de la foule qui n'était pas sur leurs genoux. Kelly score un 10  avec un 9.93 et un autre score de plus de 9.9. L'un dans l'autre, c'était sûrement le moment le plus intense que l'on n'ait jamais vu.