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Opinion

Petits ajustements entre amis…

L’addition est simple 22 + 10 = 34, mais elle l’est surtout pour les 22 et beaucoup moins pour les 10, voire très (trop) compliquée pour toute la meute qui se bat sur le WQS pendant une longue et difficile saison. C’est le constat de beaucoup de surfeurs du circuit de qualification WQS et Prime; atteindre l’élite est plus qu’un parcours du combattant, c’est presque impossible mathématiquement. C’est pourquoi l’ASP est sur le point d’annoncer un nouveau changement au niveau de sa grille de points dans le classement unique mondial. Après le revirement du cut de mi-saison d’il y a deux ans, l’ASP a repris sa fameuse calculette pour essayer de rendre moins dure l’accession à l’élite et de rendre plus ardue la re-qualification des surfeurs du WCT…
“mettre des surfers du WCT sur un WQS 4* correspond grossièrement à organiser un match de football Paris Saint Germain contre Jura Sud, en faisant courir l’équipe de Jura Sud 2 ou 3 heures toute seule avant que le PSG ne rentre en scène, tout frais et rempli de sponsors, bonne nuit d’hôtel, massés, repas gourmet et équipement tout neuf”
La nouvelle règle voudrait que: les surfeurs du World Tour base leur One World Rankings (classement unique mondial) sur six résultats: leurs deux meilleurs sur le World Tour (les 13eme et 25eme place n’étant pas pris en compte) et leurs quatre meilleurs sur le circuit Prime et Etoilé. Les 22 meilleurs continueraient à être automatiquement qualifiés, mais cette nouvelle règle devrait plutôt changer la donne pour les 12 surfeurs du World Tour en bas de classement.
Par le passé, les surfeurs du Top34 pouvait compter sur leurs huit meilleurs résultats pour le classement unique: leurs trois meilleurs sur le World Tour avec leurs cinq meilleurs sur les Prime et les WQS. Les opposants à ce système dénonçaient le fait que même des résultats médiocres sur le World Tour offraient trop de points au classement unique mondial comparé aux points que pouvaient acquérir des surfeurs non présents dans l’élite qui faisaient de bons résultats en Prime et WQS.
Certains surfeurs du World Tour dénoncent déjà cette modification en déclarant qu’il est difficile d’accéder au World Tour et qu’il faut au moins une bonne année pour s’habituer à ce circuit, cette nouvelle règle ne laissant plus de place aux ‘erreurs de jeunesse’…
Le débat est donc sur la place public, faut-il plus de sang nouveau ou permettre aux surfeurs qualifiés d’assurer un peu plus longtemps leur arrière? Nous avons posé la question à notre consultant Julien ‘Vico’ Hamel, qui a déchainé la toile lors de sa récente interview, voici qu’il en pense:
“Burleigh Heads la semaine dernière, épreuve d’ouverture de saison Australienne, certes, mais simple WQS 4*: 8 surfeurs du World Tour inscrits dont 3 qui finiront sur le podium de la compétition.
Volcom Pipe Pro 5* la semaine précédente: 5 surfeurs du WCT dont 3 qui finissent dans le TOP 5 final.
Newcastle 6* cette semaine: 14 surfeurs du WCT (après la blessure de Miguel Pupo, Pat Gudauskas est premier remplaçant) sur 144 places, soit un peu moins de 10% de l’effectif provient de la “Ligue 1”.
Une star de l’élite vainqueur sur une simple 4*…où est la logique? Photo: ASP
Les exemples se suivent et se ressemblent, et malgré les modifications tentées par l’ASP saison après saison, le problème perdure.
Après les résultats mitigés du très bref système du cut mis en place il y a deux ans, les surfers se retrouvent toujours confrontés au même problème: la difficulté, non pas d’uniquement se qualifier sur le “Dream Tour” mais désormais d’y rester.
L’ASP est fondée sur l’élite du surf. Toutes ses décisions vont donc naturellement dans ce sens, et c’est aussi pourquoi on ne trouve que de la “crème de la crème” en son Comité Technique: Chef Juge du WCT, Juge International du WCT, Tour Manager du WCT, un représentant des organisateurs de compétitions WCT, et 3 représentants des surfers…tous du WCT. Quelle surprise de voir que certaines décisions semblent être parfois quelque peu unilatérales et majoritairement focalisées sur…le WCT.
Le tour du WCT est la façade, la tête de gondole du surf professionnel et c’est ce “Dream Tour” qui attire partenaires, media, et qui finance donc par capillarité le reste du surf professionnel “de seconde zone”, i.e WQS, Pro Juniors qui alimentent ce premier. Il paraît ainsi bien naturel que pour que l’ensemble du surf professionnel puisse continuer à se développer (et survivre dans ce marasme économique), la priorité soit donnée au premier de la classe, à la star du groupe, et non pas au reste. Aucune groupie digne de ce nom ne voudra tenter sa chance avec le batteur d’un groupe quand le lead singer est disponible. Le surf professionnel s’est construit autour de ses stars et continuera de mettre tout en oeuvre pour porter l’attention sur le “Dream Tour” et ses destinations carte postale de première classe plutôt que sur un petit WQS au Japon, en Amérique du Sud ou en Vendée (désolé). Il en est de la survie économique du Surf et donc certaines décisions et passe-droit peuvent parfois être des maux nécessaires.
John John Florence est monté et n’est pas près de redescendre…Photo: ASP/ cestari
La difficulté est que le niveau des surfers du WQS/Pro Junior s’est très dangereusement rapprochée de celle de l’élite et, au regard de la jeunesse insolente de certains surfers qualifiés sur le WCT sur les 3 dernières saisons, il est bien naturel que quelques personnes se sentent parfois menacées et veulent protéger leur place au soleil.
La participation des surfers du WCT sur les Prime et WQS est un vaste débat. Les Prime events (à l’origine “SuperSeries”, sorte de super WQS 6*) ont été créés pour mettre en valeur, sur un même plateau, les meilleurs surfers du monde: l’élite du WCT et les tops surfers du WQS. La participation de ces riders du CT sur le Star Series (WQS 1* à 6*) reste par contre pour moi une énigme. Avec 10 épreuves sur le WCT, plus 8 épreuves sur le Prime Tour, cela fait au total 18 épreuves qui sont conçues et réservées à notre top 34. Le “pot” de prize money et de points est mathématiquement bien suffisant pour rester en haut de l’affiche sans “s’abaisser” à courir sur le Star Series Tour.
Pour le reste des surfers du monde de la compétition, un autre problème est que tout surfer de l’élite est avantagé sur n’importe quelle compétition grâce à son classement (ASP International seed ) et tout surfer de Ligue 1 peut ainsi commencer 2, 3, voire parfois 4 tours plus tard (généralement aumoney round, là où le prize money commence à tomber…), ce qui, en plus de limiter la fatigue et l’éventualité inconfortable de perdre tôt dans l’épreuve, sécurise une quantité de points et de dollars qui seraient bien utiles aux surfers moins dotés.
Peu – ou pas ? – de sports professionnels autorisent une transversalité unidirectionnelle entre les ligues, pour des raisons évidentes d’équité en terme de niveau, ressources, et besoin. Je n’y connais absolument rien en football et pour être franc je déteste ça, ce qui, je le sais, me met dans une position plutôt suicidaire en vivant au Portugal, mais pour faire un parallèle, imaginez:
WCT= Ligue 1
Top 100 WQS = Ligue 2
reste du monde WQS = National jusqu’à CFA2-H
En ayant en tête les facilités financières, matérielles, l’entourage, le confort de transport et d’hébergement d’une équipe de Ligue 1, mettre des surfers du WCT sur un WQS 4* correspond grossièrement à organiser un match de football Paris Saint Germain contre Jura Sud, en faisant courir l’équipe de Jura Sud 2 ou 3 heures toute seule avant que le PSG ne rentre en scène, tout frais et rempli de sponsors, bonne nuit d’hôtel, massés, repas gourmet et équipement tout neuf… C’est ce qui arrive à nos surfers du QS quand ils buttent après les trois premiers tours contre une tête de série du WCT.
Est-ce normal, alors que les Prime events ont justement été créés comme antichambre du WCT, que l’élite mondiale aille semer la pagaille dans les points et s’accapare des dollars dont ils ont peut être moins besoin ? Il est évident que tous les surfers ont besoin de se maintenir “en cannes” et essaient de participer à quelques épreuves pour rester dans le bain et ne pas attaquer la saison directement par un WCT (aucun prime n’est malheureusement organisé cette saison avant Snapper), mais alors, que penser de la décision d’interdire l’accès aux riders du WCT à des compétitions non sanctionnées ASP (ex: Slater à Mavericks) et par contre autoriser sans broncher l’élite sur un 4* ? Une fois de plus (voire mon précedent article) on entend les voix des 34 surfers du WCT se plaindre du système qui les “désavantage”, mais entendons-nous les voix des autres 500 surfers du WQS se plaindre du fait qu’ils sont lésés ? Le changement ne peut se faire que de l’intérieur.
Freddy P est surfeur qui a beaucoup plus le cul entre deux chaises…et qui milite activement pour que l’élite soit plus protégée. photo: ASP/Rowland
Ce changement de calcul de (re)qualification est une évolution en rapport avec la réalité. Les surfeurs du WCT ont un accès illimité et favorisé (seeding sur les Prime events) à 18 épreuves par an, avec en plus, au cas où la saison WCT se passait mal, une marge d’erreur incroyablement confortable de 50% (seuls les 4 meilleur Primes sur 8 seront retenus). AUCUN surfer du WQS n’a ce confort, et là encore je ne compte pas tous les WQS 6* (7 épreuves sur le calendrier à ce jour) qui sont également de véritables mines d’or pour les points.
Je conçois tout à fait qu’après quelques mois (Dane Reynolds, Felipe Toledo, Double John…) ou quelques années (Glen Hall) à essayer d’accéder au Saint Graal, à l’élite mondiale, les surfeurs auréolés n’aient aucune envie de voir s’étioler leurs privilèges et s’accrochent à leurs sièges pour ne pas risquer de se retrouver poussés dehors; mais, à la simple observation des formidables conditions de “repêchage” dont ils disposent, je trouve assez grotesque de crier “au feu” quand on est assis sur un extincteur.”
Julien ‘Vico’ Hamel & Archi Jaeckin

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