On donne souvent la parole aux surfeurs, mais voici quelques interviews de ceux qui oeuvrent dans l'ombre des shaperooms...

Interview avec l'un des piliers historiques du shape français, Monsieur Alain Minvielle.

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La raclette à vitres pour le glassage… tu recommandes aux jeunes qui se lancent dans le métier?

Ahahah, cela fonctionnait bien à l’époque même si cela flottait un peu par moment...mais on fait avec les outils que l’on a…ou que l’on avait!

Plus de 30 ans dans le milieu, ce n’est pas dur à porter dans un monde du shape majoritairement dominé par le shortboard?

Pas du tout! Je m’éclate comme au premier jour, même si je surfe moins aujourd’hui avec l’âge...Les rideurs de mon team me permettent de compenser, de vraiment continuer à être au top. Des garçons comme Damien Castera, les frères Delpero, Timothée Creignou connaissent parfaitement les subtilités du shape, les retours sont précis, détaillés, avec des mises au point infimes parfois, mais qui font la différence pour eux. Ce sont aussi des surfeurs capable de tout surfer et surtout de tout bien surfer, longboard, single, rétro, shortboard...pour moi cette relation shapeur/surfeur est vitale!

Tu n’as pas hésité à voyager notamment en Californie pour devenir en quelque sorte la ‘branche’ française du shape californien, explique-nous ça?

J’ai fait de belles rencontres c’est vrai, j’ai eu cette chance et je suis toujours en contact avec des shapeurs mythiques qui sont devenus de très bons amis. Quand un Steve Boehne (Infinity Surfboards à Dana Point) te déroule 40 ans d’histoire, du rétro au shortboard, partage son savoir-faire et t’invite à venir travailler avec lui en Californie, c’est une sorte de tapis rouge déroulé devant lequel on ne peut pas résister...

Quel est donc cet esprit californien du shape et du surf?

C’est d’abord une histoire de famille pour ces surfeurs, shapeurs. Tu le vois aujourd’hui, leurs gamins surfent tout type de planches et surfent merveilleusement bien. Il y a un vrai ancrage générationnel qu’il n’y a pas encore vraiment en France.

Puis Steve ou Takayama sont des mecs très acueillants. Ils m’ont ouvert les fenêtres du shape et m’ont mis dans la bonne direction. J’ai pris des cours avec eux sur le vee, le retour de rail, etc...j’ai pris des cours en «Science du shape» et j’ai appris un métier de précision! Il y a aussi cet amour du flow, de la glisse qui se traduit par une certaine façon de surfer et donc par des cotes bien précises.

Les shapeurs français sont-ils à la hauteur?

Je vais te répondre très franchement, surtout que les Américains m’ont donné leur avis sans aucune hypocrisie de leur part: les shapeurs français sont bons et le prouvent depuis des années. Ils maîtrisent tous les aspects du shape à la main...le problème vient plus du complexe des surfeurs français! Quand Steve me dit que je peux revenir shaper des planches chez lui quand je veux, c’est un gage de sérieux des Américains… un signe qui ne trompe pas!

Avec quelle type de planche t’éclates-tu le plus dans ta salle de shape, en ce moment?

Je revisite les planches rétro. J’aime leurs courbes élégantes et ce côté très naturel de leur glisse...pas besoin de pomper. Le challenge est d’obtenir une planche performante sans les handicaps de leurs ancêtres en travaillant sur les rockers, les bottom...

Question «sacrilège»: tu utilises une machine de shape?

Je viens de scanner mes premiers modèles, ceux qui marchent le mieux pour pouvoir les reproduire à l’identique...C’est ma première concession dans ce domaine-là, ahaha... Mais je te rassure, ma salle de shape reste allumée!!! Je ne créerai jamais un modèle sur écran... pour moi c’est comme si je me mettais à chanter «en play back»!