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Essai: L’inspiration vient en surfant…

PENSE MOINS ET SURFE PLUS

Pour la première fois depuis des mois, je suis de retour au lineup. Mon cerveau bouillonne, pensées et autres révélations liquides s’y bousculent. Oui, je surfe de nouveau. J’ai retrouvé l’inspiration. En tant que (excusez-moi pour ce qualificatif assez vague) “journaliste de surf”, j’ai besoin de ces sessions pour trouver des trucs intelligents à écrire. Des trucs qui vous feront dire “ouais, je n’avais jamais vu ça sous cet angle.” C’est là où l’on va puiser nos articles. C’est comme cela que nous gagnons notre vie. Pas de vagues. Rien d’intéressant à écrire. Pas d’argent

Foule. Marées. Planches. Périodes de plat. Tous les aspects du surf ne sont que de la philosophie de bas étage, il faut bien le reconnaître. Des fruits mûres faciles à cueillir. Mais si l’océan devient plat et que je me retrouve coincé à terre, alors les mots ne sortent plus. L’inspiration a besoin de lutter, elle a besoin de controverse, de contradictions. Et à cause d’une blessure à la con, j’ai maintenant cinq kilos de trop et j’ai passé trois mois hors de l’eau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“Plus je pense, plus je deviens mauvais en surf”, alors méditons…Photo: Burkard

Je suis de retour. Prêt à lutter et souffrir pour racheter mes pêchés. Mais le problème est le suivant: Je déchire!

À chaque vague que je prends, c’est la satisfaction. Je la surfe bien. Cut back, boum, je tape et retape. Quelqu’un devrait vraiment me filmer.

Est-ce un hasard? A chaque fois que je fais un break, je reviens bien meilleur. Est-ce parce que je suis moins exigeant? Mes muscles sont-ils plus élastiques? Est-ce parce que cela fait tellement plaisir d’être de retour au line up? Peu importe la raison, c’est quelque chose que je peux utiliser. Je peux recommencer à écrire!

Mais avant tout, je devrais peut être appeler quelqu’un. Des surfeurs professionnels pour obtenir leurs avis sur la question. Cela commence vraiment à prendre forme cet article…
« Pourquoi votre première session est toujours une réussite? »
Et c’est juste à ce moment-là que j’ai recommencé à être mauvais. C’est toujours la même chose. La réalité me rattrape. D’habitude, cela a lieu au milieu de ma seconde session. Assis devant mon ordinateur, travaillant mes théories et mon article, j’essaye de remplir intelligemment le prochain magazine…et c’est là que les choses dérapent. Quand je me mets à réfléchir. C’est la cause du mauvais surf, je pense. Si j’avais appelé un pro, c’est ce qu’il m’aurait répondu aussi. En fait non. Car il n’y aurait même pas réfléchi. C’est pour cela qu’il est pro. Il ne pense pas, il surfe.

Je ne pense pas, je surfe! Mustafa Jackson, Padang Padang. Photo: Childs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et le pire, c’est que vous êtes en train de lire ça et que cela vous donne à réfléchir. Vous attendez sûrement une conclusion intelligente aussi. Vous lisez, vous pensez. Mais elle ne viendra jamais. La seule leçon, c’est qu’il n’y en a pas. Le surf ne vous rend pas plus intelligent. Vous perdez votre temps. Plus vous devenez bon, plus vous endommagez tous les autres éléments de votre vie. Votre vie sociale, votre carrière, votre intelligence.

C’est quoi ma théorie? Je joue les blasés intellos? Non, je vous empoisonne votre session avec ma torture mentale.
Je sors de l’eau allongé sur le ventre, près à regagner la maison pour commencer à écrire. Je devrai sniffer de la colle avant de commencer. Je devrai peut-être me taper la tête contre le mur. Cela me rapprochera peut-être plus de l’épanouissement d’après surf. De la joie, du ‘stoke’ d’une bonne session.
Sur la plage, je rencontre un surfeur professionnel. un freesurfeur en plus. Il part à l’eau pour un petit surf rapide. Je lui explique ma théorie, vous savez celle qui consiste à ne pas trop réfléchir. Cette première bonne session, suivie d’une seconde désastreuse. Dans le monde que nous appelons ‘le journalisme surf’ cela s’appelle de la recherche de terrain. On interroge les pros. On leur dit des choses et on voit ce qu’ils en pensent. S’ils arrivent à penser.
“Mouais,” me dit-il. “Pas moi. Quand je n’ai pas surfé depuis longtemps, je surfe mal.”
“D’accord, mais dès ta première vague?,” ai-je insisté.
“Oui et c’est toujours le cas.”
Je n’utiliserai pas cette mini interview dans mon article. C’est un surfeur semble-t-il qui est à deux doigts d’intégrer le département marketing de son sponsor. On le considère presque comme une légende ici. Vous avez vu, il n’a rien dans la tête!?
En route, je m’arrête manger un cheeseburger. Pas vraiment le truc intelligent à faire mais je peux le mettre sur le compte de mes dépenses de recherche. Je m’assois et commence à écrire frénétiquement. Il y a un nombre de mots à atteindre vous savez et dès que je l’atteint, je peux retourner surfer.
Je vous ai déjà dit qu’il n’y avait pas d’épanouissement ou de mystère sacré. Pas de pensées profondes ou de révélations en conclusion. Le mieux que je puisse faire, c’est de me débarrasser de cette seconde session le plus vite possible et de continuer à surfer.
En grattant le papier, de l’eau salée tombe de mes sinus et s’étale sur la page, brouillant les mots. Peut être que c’est un bien. Tout est bientôt fini.

– Archi Jaeckin

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