Il nous fallait un consultant avec une certaine dose d'expérience dans le gros ou sur les slabs, quelqu'un qui ait fait le tour de la planète de la catégorie pour avoir un avis arrêté et suffisamment exhaustif. Nous ne voulions par contre pas d'une liste de spots kamikazes où la dangerosité représente l'unique challenge reléguant l'art de surfer la vague au second plan (exit Ours, Le Cave etc.). Nous ne voulions pas non plus d'une liste basée sur le nombre de morts par spots, bien que, vous allez le voir, il y a des recoupements. Nous voulions une liste de spots pour les courageux et non pour les têtes brûlées ou les sans cervelles, une liste mélangeant tow in et surf à la rame ...Alors parmi les surfeurs européens qui pouvaient éclairer notre lanterne, il n'y avait mathématiquement pas foule et quelques noms se sont naturellement élevés au dessus du lot...comme Eric Rebière. Surfeur du WCT reconverti brillamment en surfeur de gros et de slab du côté de sa Galice d'adoption.

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NAZARE

« Le premier spot qui me vient à l'esprit, c'est celui qui m'a captivé ces dernières années...Nazaré. C'est un beach break hors norme et hors gabarit. Bien sûr, vu la taille que nous surfons là-bas, tous nos rides sont dangereux mais ce n'est pas tellement la vague en elle-même qui représente le danger, c'est les conditions de sécurité autour du spot. Un sauvetage est extrêmement compliqué et hasardeux pour tout le monde, pour le surfeur comme les pilotes de jetskis. Comme le dit si bien François Liets le responsable de la Billabong Adventure division en Europe, « c'est l'enfer dans l'inside ». Pas de channel, pas de line up, pas d'échappatoire, des tourbillons...et la mésaventure de Maya Gabeira est venue rappeler à tout le monde que même avec l'assistance d'un jetski les risques sont énormes. »

PIPELINE

Banzai Pipeline. C'est l'une des vagues les plus puissantes au monde et certainement le spot de cette liste le plus exigeant techniquement. Pour Eric, la dangerosité ne vient pas uniquement de la vague et de ce qu'il y a dessous, le reef sur certaines sections est à moins d'un mètre sous la surface. « C'est la foule qui te pousse à prendre des risques et parfois à partir sur n'importe quelle vague même celles où ton instinct de survie te hurle de ne pas ramer. La pression du groupe est énorme surtout sur ce spot où tout le monde s'observe et où chacun sait qu'il est observé par les médias du monde entier. En plus très peu de vagues échappent aux locaux. Il y a certains endroits sur le reef qui sont dangereux, sans eau et que tout le monde connait, et il faut impérativement ne pas se retrouver à ces endroits-là. De plus, le take off est méchant, un challenge en lui-même. » Pipeline est le spot qui a engendré le plus de décès, parmi les visiteurs ou les locaux et la mort tragique de Malik Joyeux en 2005 tellement à l'aise à Teahuppo est malheureusement un rappel à l'ordre annuel au Pipe.

MAVERICKS

Live Like Jay. Photo: O'Neill

Mavericks, là aussi presque une évidence pour Eric qui s'est fait un point d'honneur à aller surfer le spot nord californien il y a quelques années. Une évidence aussi quand on connait l'environnement totalement hostile de Half moon bay, les falaises, l'eau froide, les rochers devant le spot, les lèvres épaisses et les grands blancs. C'est sans aucun doute l'un des spots incontournables pour tout surfeur de gros à la rame qui se respecte. Et un peu à l'image de Pipeline, Eric met en avant d'abord l'effet néfaste de la foule à l'eau. La guerre de position. On est bien loin des sessions solo de Jeff Clark à Half moon bay, mais Eric ajoute: « la différence de taille avec Pipeline c'est que l'on peut rester sous l'eau pendant plusieurs vagues et finir dans les rochers... » C'est aussi une vague qui a fait parler d'elle en noyant en 1994 l'hawaiien Mark Foo.

TEAHUPOO.

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Dans une catégorie qui lui est propre, presque unique en son genre. Surfée par simplement quelques tahitiens téméraires pendant plusieurs décennies avant que la vague explose à la face du monde lors d'une compétition WQS. Eric met en avant évidemment la puissance de la vague et parfois sa grosseur, bien qu'il l'ait surtout surfé à la rame. « Cette vague est tellement creuse et puissante que tu ne sais jamais avec quelle force vous allez toucher le fond. » Ce déchainement de puissance, qui plonge les surfeurs en dessous du niveau de la mer tellement la vague suce l'eau sur le récif a étonnament fait peu de victimes (sauf à notre connaissance le surfeur tahitien Briece Taerea) mais détient sans aucun doute le titre de vague la plus hypnotique de la liste.

et pour finir le...

LE SUD OUEST DE LA FRANCE

Il ne s'agit pas de la Gravière ou de Belharra. Non, c'est en pleine saison, probablement au plein milieu du mois d'aout, quand les plages et les line ups sont bondés, saturés. «  Des millions de surfeurs débutants, ce que je veux dire par là, c'est que ces gens-là à l'eau me font plus peur que toutes les vagues citées plus haut. La planche de surf est le truc le plus dangereux dans notre sport et vraiment une arme hors de contrôle sous leurs pieds... »