Share

Opinion

La Tour de la discorde? Deuxième partie…

La suite (enfin!) et la fin de notre interview à succès avec Julien ‘Vico’ Hamel sur l’ASP, les juges, les notes, le grand complot…Les deuxièmes parties c’est toujours mieux!
– Il y a un chef juge qui officie en haut de la tour, mais n’est ce pas une contradiction dans les termes d’avoir quelqu’un qui chapeaute un panel de juges qui est censé réfléchir et décider seul?
Il faut plus envisager le chef juge comme un capitaine d’équipe. Il est là pour motiver ses troupes, organiser les rotations, épauler ceux qui sont en difficultés (fatigue, visibilité, retard sur la saisie des scores, problèmes avec le terminal informatique, éclaircissement sur un début de vague flou, retour sur une vague/situation antérieure..) Le Chef Juge décide des conditions de jugement et des critères à mettre en valeur dans la journée, quitte à les réajuster selon l’évolution des conditions de vague, marée, vent…
Le chef Juge ne donne son opinion que s’il y a un split important. Il n’harmonise pas les notes “à sa sauce” mais base plutôt ses prises de paroles sur la mémorisation des cas similaires qui ont été scorés plus tôt pour rappeler les juges à leur échelle de notation. Il est le seul à avoir une vue globale des feuilles de scores de tous les juges et décide (ou non) de la saisie de ces scores sur le terminal. Il ordonne les priorités dans les séries man on man, et officialise les interférences seulement une fois qu’elles ont été validées par les juges.
Le chef juge ne dispose pas d’une feuille de juge ni d’un terminal informatique, il observe l’océan, estime ses scores mais ne les note ni ne les prononce pas. Il à une vision très systémique du jugement du surf, se portant garant que les critères de jugement, les scores et situations annoncés soient les plus clairs et justes possibles.
Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Jérémy déçu mais pas abattu. Tahiti. Photo: ASP
 
– Le cas Jérémy Flores enflamme souvent les forums et les sites internet français voire étrangers, quel est ton avis sur la façon dont il a été noté durant la saison écoulée?
J’ai vu Jérémy évoluer depuis tout jeune et c’est un incroyable talent. Rares sont les surfeurs du Tour dotés d’une telle polyvalence dans les conditions et d’une telle intelligence en série. Il a réussi à force de combats, de prises de risque et de coups de gueules à s’imposer parmi les 10 meilleurs surfers du World Tour. Il est redouté par tout le monde pour ses qualités de chargeur et il est fort à parier que son palmarès sur le WCT va continuer de s’épaissir au fur et à mesure qu’il gagne en expérience et en confort sur tous les spots du Tour.
La façon dont il a été noté durant la saison écoulée n’est qu’une répétition de ses saisons précédentes. Trop souvent quand les résultats étaient serrés, la balance penchait en sa défaveur (Parko, JJF…). Des interférences discutables (vs. Slater à Bells), des splits de scores parfois véritablement douteux, autant de signaux qui ne sont jamais agréables à vivre pour un compétiteur et qui peuvent facilement bousculer un ego, égratigner la confiance, et provoquer cette incertitude, ce doute du “pourquoi toujours moi?”.
Je pense que c’est un problème d’image. Jérémy dérange. Il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, s’est déplacé avec un entourage qui à l’époque, dénotait grandement du milieu propret-cool-bisounours du surf (depuis tout le monde a adopté le Jiu Jitsu & UFC), parle plusieurs langues (concept souvent compliqué à comprendre pour l’anglophone moyen), est kamikaze dans le gros et léger et précis dans le petit surf. Il n’est pas Australien mais y a passé une bonne partie de son adolescence à courir les Pro Juniors à une époque où rares étaient les européens qui s’y déplaçaient et encore plus rares étaient ceux qui avaient ses résultats. Son parcours est international, varié, cela fait 15 ans qu’il est exposé partout sur la scène surf, si longtemps qu’il passe pour un vétéran alors qu’il n’a pas encore 25 ans. Jérémy est une véritable éponge, il absorbe toutes les expériences et s’enrichit de tout.
Il est rentré sur le tour en 2007 avec une génération vieillissante et, bien qu’étant le plus jeune sur le tour il finit 8ème pour sa première saison… ce qui me donne parfois l’impression que l’ASP le considère encore comme un grommet aux dents longues. Ce petit du club, toujours prêt à bouffer, à prouver qu’il peut tout faire, celui qu’on va gentiment titiller, tester, torturer juste parce qu’on sait qu’il peut l’endurer et que finalement, “c’est pour son bien, ça lui apprend la vie”, en attendant la nouvelle génération, qu’il tourmentera à son tour…mais voilà, il serait temps que l’ASP change de cible, car avec 4 TOP 10 Finishes en 6 saisons sur le Tour, Jeremy n’a plus rien à prouver.
 
– Quels sont pour toi les modifications, les améliorations qu’il faudrait apporter sur le WQS et le World tour au niveau de la notation, des juges et de la transparence du système?
Je pense que le système fonctionne de façon relativement correcte, cependant quelques modifications, comme celle évoquée plus haut sur la mixité du panel, pourraient certainement le rendre un peu plus juste pour l’ensemble des surfeurs et juges aspirant à une carrière dans le jugement, quelque soit leur région ASP d’origine. Il n’y a strictement aucune lisibilité sur le chemin à emprunter pour devenir juge professionnel, et autant les Australiens, Américains, Japonais, Hawaiiens peuvent-ils encore se retourner vers leurs Fédérations / Associations nationales pour commencer leur carrière et progresser; autant avec une région vaste comme l’Europe, avec tant de pays, langues, et systèmes fédéraux différents cela se révèle être un véritable projet babélique, avec très peu d’issues, si ce n’est une volonté d’union que seule une entité comme l’ASP Europe ou l’Euro Surfing Association devrait pouvoir organiser.
On pense souvent que la vidéo devrait être intégrée sur toutes les épreuves. Elle a également apporté un réel confort sur le jugement, mais elle est très coûteuse, délicate à mettre en place (bons cadreurs + régie dédiée) et surtout elle doit rester un outil.

“Le surf se juge aussi sur l’instantanéité, l’éphémère, l’émotion. La vidéo et le ralenti surf porn ont tendance à étouffer cette émotion pour le juge”
Pour ce qui est de la transparence du système, mis à part glisser micros et caméras dans la tour des juges pour avoir une idée de la morosité qui y règne, je ne vois pas trop. Je me rappelle avoir fait des tests avec des surfers qui se plaignaient régulièrement de leurs scores sur les WQS et de les avoir mis à juger de véritables séries: ils essayaient de rentrer les notes au 100ème près car c’est ce qu’ils entendaient de leurs scores quand ils étaient en série… Je leur demandais comment ils pourraient justifier d’avoir évalué un 7,63pts plutôt qu’un 7,77pts si un compétiteur venait à leur demander; la réponse à chaque fois était: “pffff je sais pas moi je suis pas juge”…

 

 

Share

Newsletter: termes et conditions

Merci de renseigner votre e-mail de manière à vous tenir informé de toutes les news, articles, nos dernières offres. Si vous n'êtes plus intéressé vous pouvez renoncer à tout moment. Nous ne vendrons jamais vos données personnelles et vous ne recevrez que nos messages et ceux de nos partenaires qui sont susceptibles de vous intéresser.

Read our full Privacy Policy as well as Terms & Conditions.

production