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Opinion

La hiérarchie du World Tour #3

3ième et dernière partie de l’analyse de Vico!

– #1 Jordy SMITH – RIO#1 -ASP#2

Une place de plus dans mon classement et 5 sur celui de l’ASP pour le surfer le plus en forme de ce début de saison. Comme annoncé après Snapper, puis Bells, Jordy est de retour. Plus calme, plus posé, conscient qu’il excelle dans tous les domaines, Jordy surfe donc sans pression et les têtes de tomber sur son passage. 16,25 de moyenne par série en passant par tous les outils: tubes, carves, airs, claims… Peu de surfeurs sur le Tour peuvent rivaliser avec la polyvalence de son niveau technique, mais aucun n’arrive actuellement à sa cheville en terme de confiance, de “lâcher prise”. Le Sud Af’ est en plein “instant de flow” cet état d’esprit où tout roule, sans pression, sans aspérité, quand l’esprit se libère de toute vibration négative et rentre en pleine confiance. Toutes les manoeuvres passent alors facilement, les choix paraissent évidents, l’athlète devient intouchable, euphorique. (d’où les claims sarcastiques). C’est cet état de facilité qui est moteur de sa performance, et pour peu qu’il réussisse à le conserver (ce qui est le plus difficile) Jordy se retrouvera dans chaque carré final cette saison, et pourquoi pas Champion du Monde 2013.

Jordy, un ton au dessus de tout le monde depuis Bell’s. Photo: ASP

– #2 Kelly SLATER – RIO#5 – ASP#4

Compétition décevante pour Kelly, qui avait pourtant commencé très TRÈS fort pour finalement se retrouver étrangement hors tempo (comme sur Bells) une série sur deux à l’approche des phases finales. Impérial en début d’épreuve, il navigue avec insolence dans les tubes Brésiliens au Rd1 et prouve pourquoi il est considéré comme le meilleur tuberider du monde quand il annihile Pat G avec 4 vagues dans l’excellence lors de leur duel au Rd3. Une sélection de vague unique, une maîtrise de l’entrée en vague et des respirations de ses prises de rail au coeur du tube hallucinantes, il ponctue même ses barrels de airs reverses complets ou de solides reentries quand il est si difficile de contrôler vitesse et trajectoires au sortir de tubes aussi délicats à lire. C’est plus tard dans la compétition que les choses se compliquent, où Kelly peine à trouver la bonne option: complètement à la rue au Rd4, il rebondit sans trop d’éclat contre Taj dans une série tout juste correcte, pour finalement s’écrouler en Quarts face à un Adriano bien plus en symbiose avec les vagues, et contre qui Slater montre régulièrement des faiblesses, très certainement décontenancé par la volonté et la ténacité imperturbables du Brésilien. Attendez vous à un retour de flamme les prochains mois pour le triple vainqueur de Fiji et Tahiti.

Etincelant en début de compétition, lors des phases finales les choix de vagues de Kelly et sa stratégie sont devenus plus obscurs…Photo: ASP

– #3 Adriano DE SOUZA – RIO#2 – ASP#1

Excellente performance à nouveau pour Adriano, qui s’annonce lui aussi comme un sérieux prétendant au titre dès ce début de saison. Une fois de plus excessivement bien préparé, il remporte toute ses séries et élève progressivement son niveau au fur et à mesure des rounds; et surtout est revenu à ce qui l’avait qualifié en 2005: de solides airs, qu’il avait volontairement mis de côté dès son arrivée dans l’élite, quand les juges (et les pensionnaires du CT à l’époque) n’étaient pas prêts à les incorporer à leur juste valeur dans les critères. Depuis, Adriano a donc travaillé et amélioré son surf sur la vague, ses bottoms, ses tubes, et ne ressort ses airs qu’en cas de besoin (et bat Medina à son jeu). Beaucoup critiqueront sa passion, ses claims, son stance trop écarté. Pourquoi blâmer un sportif qui consacre sa vie à s’entraîner, s’améliorer, gagner ? Aujourd’hui tout le monde “claim” ses vagues à sa façon (à part peut être JJF) mais c’est Adriano que l’on va clouer sur le pilori, quoi d’anormal et de révoltant quand on s’extasie nationalement devant onze pousseurs de citrouille, qui dès qu’ils arrivent à finalement la pousser au fond du filet, célèbrent en se retrouvant subitement à courir frénétiquement et s’empiler à moitié à poil ou à danser bizarrement avec un drapeau de corner ? Quelle est la différence ? Quant au style d’Adriano, qui oscille entre le “vilain” au mieux et plus fréquemment “épouvantable” ou “horrible”, il n’a rien à faire dans l’évaluation de sa performance car la notion de “STYLE” a été retirée des critères de jugement à la demande des surfers, durant la première décennie de ce siècle, car jugée justement trop subjective. Si avoir du style était dans les critères, comptez sur Adriano pour y consacrer sa vie et y exceller car comme tout sportif professionnel, son objectif est de gagner. Le style NE COMPTE PAS dans la victoire en surf de compétition donc il s’en tape et il serait grand temps pour la planète surf de cesser de s’abattre sur lui et de finalement réaliser quel exemple il peut être en terme d’humilité, de dévouement, de passion et de professionnalisme. P.S: il a un style immonde.

Dominé par Jordy en finale, Adriano sort de ce Rio Pro grandit, avec un capital confiance et sympathie en hausse. Photo: ASP

– #4 Mick FANNING – RIO#3 – ASP#3

Mick échoue à nouveau dans l’antichambre de la finale malgré une compétition exemplaire. Construction de heat solide, excellent placement au peak, et de très loin la meilleure entrée en vague frontside + pull-in de tout le Tour. La façon dont Mick réussit à trouver ligne, positionnement, vitesse et timing dans les vagues creuses est phénoménale et justifie à elle seule l’invention du ralenti. Ce sont ces boosts de vitesse qui lui ont ouvert les portes des tubes les plus compliqués, et les scores du haut de l’échelle. Son impressionnant et instinctif tube + reentry en césarienne contre Brett SIMPSON est le fruit de centaines d’heures passées à l’ombre des barrels de la GoldCoast et traduisent également de la bonne forme et confiance du Double Champion du Monde, qui grâce à sa régularité touche déjà du doigt (300 points) la première place du classement (à la différence des autres, son plus mauvais résultat est pour l’instant un Quart). Sa demie contre Jordy ne l’a cependant pas vraiment flatté, essayant vainement de rivaliser dans les airs avec le surdoué de Durban alors qu’il aurait pu (dû) se contenter de proposer son surf habituel pour boucler un total accessible de seulement 14,83pts. Horriblement doué dans le barrel backside (3ème à Fiji et vainqueur à Tahiti en 2012) et très bien placé dans la course au titre, Mick va tout faire pour finalement accéder à une finale durant ces prochaines étapes, et l’histoire a déjà prouvé à deux reprises qu’une fois qu’il est lancé, les victoires s’enchaînent…

Toujours aussi vif et souple, surtout dans les conditions difficiles de début de compétition, Mick Fanning est plus que jamais un surfeur à l’affût des titres et du Titre! Photo: ASP

– #5 Joel PARKINSON – RIO#13 – ASP#8

Les épreuves se suivent et hélas se ressemblent pour notre -de moins en moins- souriant Champion du Monde en titre, qui se fait sortir à nouveau prématurément d’une série largement à sa portée. Alors qu’il restait intouchable jusqu’au Rd5 durant toute sa saison 2012, Parko butte à nouveau rapidement après son entrée en compétition. Un premier tour franchement moyen le met à l’abri de la guillotine du Rd2, mais la sanction reste la même pour l’Australien qui se fait sortir par un Glen HALL visiblement bien plus affamé que lui. Les média et commentateurs, qui se gargarisaient en début de saison d’un fort possible, voire évident second titre d’affilée pour Parko commencent déjà à sauver la face en clamant haut et fort, après ses récentes contre-performances, que le champion préfère “savourer” son titre et ne “pas trop se mettre la pression”. J’ai un peu de mal à comprendre ce qu’il y a de “savoureux” à se faire rouster dès les premiers tours par des seconds couteaux et sentir son mojo rapidement glisser entre ses doigts. Parko collectionne déjà deux 13ème places à son actif, classement bien pauvre en points (1.750pts contre 4.000 pour une 9ème) qu’il doit rapidement effacer pour espérer une place dans le Top 5 qui lui appartient et qui serait bien moins embarrassante. Espérons pour lui qu’il reprenne pied sur Fiji après ces récentes douches froides.

– #6 Taj BURROW – RIO#9 – ASP#5

Taj signe avec cette 9ème place son plus “mauvais” résultat de la saison, sur une épreuve qui habituellement lui sourit plus largement. Un surf beaucoup moins spectaculaire qu’à son habitude, des lignes de score dangereusement proches de la moyenne, Taj peinait à trouver deux bons scores par série et c’est ce qui lui aura coûté son accès aux phases finales contre Kelly, dans une série où ils se battaient bizarrement pour des 6,5pts. Seul son énorme frontside layback snap reentry dès son entrée en série contre Guga FERNANDES nous laissait entrevoir de sa superbe, mais malheureusement dans cette première série de l’infâme Rd2, les juges semblaient aussi perdus que les surfers au line up et quoi que Taj faisait, les scores ne voulaient pas tomber, ce qui n’a certainement pas dû aider à le motiver. Sans surprise installé dès le premier tiers de la saison dans le Top 5, il faut absolument une victoire à Taj pour espérer viser le titre cette saison, ou il va rallonger son palmarès au classement final aussi édifiant que révélateur: 2 fois Vice Champion du Monde, 2 fois 3ème, 5 fois 4ème, 3 fois 6ème… Quart de finaliste à Fiji en 2012, puis airshow sur Keramas, espérons pour Taj qu’il décroche au moins une finale, voire une victoire et se lance véritablement dans la course au titre.

Voici l’un des trop rares coups d’éclats de Taj à Rio, une compétition qui par le passé avait le mérite de bien le placer dans la course au titre. Photo: ASP

– #7 Felipe TOLEDO – RIO#5 – ASP#7

Là encore, bonne performance attendue pour le rookie Brésilien qui prenait un plaisir évident à évoluer face à son public. Felipe a su tirer le meilleur parti des vagues bipolaires de Rio cette année, jonglant entre maîtrise du tube, variété du répertoire de manoeuvres sur les faceturns et bien entendu son inévitable festival de airs. Là où Medina va tweaker (inverted, corks…) ses rotations, Felipe les enchaîne en combo. La confiance en son pop et le timing de ses rotations, associés à une proprioception hors du commun lui assurent une précision unique sur ses réceptions, et il suffit de voir (et revoir) son 10pts du Rd4 pour comprendre qu’il ne fait qu’atterrir d’un alley oop satellitaire pour rebondir vers un excellent frontside air reverse. Pas de double appuis, pas de reprise de grip ou d’ajustement de stance, Felipe est – avec le John John pré-blessure – et Gaby de très loin le plus technique dans les airs. Avec un Rd3 et deux quarts de finale, la saison commence fort pour le rookie qui doit (va) faire ses preuves sur les tubes backside dans les prochains mois. L’avantage à Fiji, c’est que son père risque d’être trop loin dans le bateau pour lui siffler inutilement ses ordres, ou s’il essaie quand même peut-être un Fidjien aux oreilles sensibles lui fera-t-il comprendre qu’il risque d’avaler ses dents.

– #8 Gabriel MEDINA – RIO#3 – ASP#11

CRY BABY IS BACK ! 15,6 de moyenne par série en disent long sur l’état de forme de la cheville de Medina, qui ne semblait pas vraiment peiner sur ses réceptions. Après un début de saison difficile, Gabriel revient en puissance avec une performance solide: excellente composition de vagues, variant le répertoire dès que possible. Il décroche l’un des trois 10 de l’épreuve pour une exacte copie de son Tube + Air de Peniche pour lequel il avait également scoré la perfection. Sans surprise Gabriel voulait (trop) bien faire pour son retour en forme à la maison, et a été l’un des surfeurs en forme jusqu’à l’embrouille de priorité contre Ace, puis un comportement très limite à la fin de sa demie contre Adriano. Il aurait du être pénalisé pour avoir bloqué De Souza durant les dernières minutes de leur duel, et ce finish grotesque à commencer à hurler et lever les bras avant même de reposer son air reverse était la goutte d’eau, une nouvelle fois parfaitement digne des soap operas Sud Américain où il est de bon ton de jouer de l’hyperbole et de hurler, pleurer, sauter depuis les podiums et courir dans l’eau au ralenti pour s’étreindre avec une émotion toute théâtrale. Je ne suis pas contre un peu de spectacle, mais là c’est assez affligeant, et autant j’aime voir des sportifs protester avec passion et montrer leur désaccord sur une décision arbitrale, autant je me sens vraiment mal à l’aise en tant que surfer quand ça tourne à la parodie à grands renforts de zooms, pleurs dans les bras de maman et autre révolte irrespectueuse. Les véritables Champions savent qu’apprendre à perdre est bien plus difficile que d’apprendre à gagner. Il est temps pour Gabriel de comprendre cela et de se rendre compte qu’il est déjà excellent sans avoir besoin de tout ce cirque, au risque de rapidement passer pour l’enfant prodige le plus détestable du Tour. Prévoyez 2 phases finales sur Fiji et Keramas pour la peine.

Il va falloir effectivement que quelqu’un lui parle…Avec ce type de comportement à l’eau, il pourrait décrocher le titre de surfeur ‘le plus mal aimé du tour’ en continuant comme ça. Photo: ASP

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