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Destination: Panama

Imagine 4 Loups de Wall Street dans l’antre du péché panaméen...

Photo : Timo

L’argent des autres

par Terry French

Imagine-toi organiser un trip sans avoir à compter l’argent que tu dépenses… Eh bien voilà, c’est la mission qui m’a été confiée il y a 8 ans quand quarte courtiers New Yorkais, des amis d’amis, m’ont demandé d’organiser un surf trip au Panama.

Ils n’avaient pas de temps, mais avaient de l’argent, ils aimaient le surf et se faire plaisir. « On veut se la coller et se mettre des barrels » m’avaient-ils dit. J’avais de l’expérience dans l’organisation de surf trips à gros budget, ils m’avaient donc demandé de tout organiser, et de me payer en m’invitant sur le trip.

Régularité du Surf : 6   Diversité des Vagues : 6  

Climat : 8   Radicalité : 8  Budget : 5

Voici l’histoire.

Notre première nuit donne le ton concernant le niveau de dépenses. Une houle est en chemin, on peut sentir l’excitation dans l’air. L’hôtel nous rencarde avec un guide/chauffeur de taxi appelé Jesús, qui parle un anglais parfait. Je lui donne le titre de Directeur des Divertissements, puisque  nous n’avons aucune idée de là où nous allons. Jesús nous amène directement à L’Elite. L’Elite, c’est le genre de club de strip-tease haut de gamme typique de l’Amérique centrale. Je ne vais pas forcément rentrer dans les détails, mais cela va sans dire que c’est assez intense. Imagine quatre Loups de Wall Street dans l’antre du péché panaméen. Je joue le rôle du gars droit dans ses bottes, mais chacun a ses limites. En tout cas, tout le monde est encore vivant au petit-déjeuner, malgré quelques moments compliqués.

Jesús nous attendait pour nous conduire à huit heures de nous route vers le nord pour atteindre le surf. Nous sortons de la ville, traversons le canal de Panama par le Pont des Amériques et nous enfonçons vers le nord dans la nature sauvage, la tête la première dans les célèbres tempêtes du Panama. Après huit heures de route éprouvantes, nous arrivons dans un avant-poste rural par bribes, malgré les effets de l’étrange remède de Jesús. Le matin suivant, nous effectuons un petit check du spot pour lequel nous sommes venus… marée trop basse, de grosses barres qui ferment, de l’eau marron, de la merde quoi… les courtiers « voulaient se taper des barrels debout », et le fait que ce ne soit pas le cas est apparemment de ma faute. L’un d’entre eux, qui passait son temps à expliquer qu’il était irlandais (mais qui sonnait plutôt américain dans mes oreilles), a vraiment l’air d’avoir envie de me coller une grosse droite dans la tronche.

Le pire, ce n’est pas qu’il m’ait envoyé une droite à la gueule depuis son siège, mais c’est qu’en plus il tenait un verre de l’autre main tout en ayant une fille de joie sur chaque genou…

Nous finissons par surfer une embouchure de rivière, tout seuls, avec une vague plutôt petite mais sympa. Les vagues ne sont peut-être pas très différentes de ce que les courtiers ont l’habitude de surfer à New York, mais l’eau est considérablement plus chaude. Dans tous les cas, je n’est toujours pas été en mesure de leur offrir le surf parfait. Je me sens donc sous pression. Nous restons trois jours sur des beachbreaks plutôt sympas, mais tout de même assez peu enthousiasmants. Ce qui, ensuite, aura eu le don d’aggraver les choses, c’est le fait que les barrels à peu près décents semblaient toujours venir à moi et pas aux autres. Même quand je laisse un des courtiers partir sur une série, ça se transforme à chaque fois en close-out, puis je prends la suivante et je me cale… Jesús en fait en plus qu’aggraver les choses en me faisant des gros high-fives après chaque session… et pas aux courtiers (je crois comprendre que les high-fives, c’est super important chez les traders), avant de prendre son téléphone  dans la soirée pour organiser la fiesta de la soirée. Lors de l’une de ces soirées, irlandais en vient à me frapper… parce que j’avais « pris trop de putains de vagues dans la journée ». Le pire, ce n’est pas qu’il m’ait envoyé une droite à la gueule depuis son siège, mais c’est qu’en plus il tenait un verre de l’autre main tout en ayant une fille de joie sur chaque genou!

N’ayant pas très envie de se retaper la route pour redescendre à Panama City, les courtiers décident de se prendre un jet privé. Je m’organise donc pour le faire. L’irlandais est vraiment vraiment désolé pour la nuit d’avant. Au moment des adieux à l’aéroport, l’irlandais me donne un pourboire de 1000 $, et les autres…rien du tout. En faisant un peu les calculs, je me suis rendu compte qu’ils avaient dépensé 19 000 $ sur un surf trip de six jours avec seulement quatre tubes réussis sur le plan collectif (dont trois par moi-même).

J’ai plus tard retrouvé Jesús sur Facebook, il semblerait qu’il ait trouvé la voie de Jésus et se soit rattaché à une de ces églises où l’on chante et où on frappe des mains. Il aurait arrêté de vendre de la coque et se serait mis à vendre des bibles. L’un des courtiers est effectivement resté en Amérique Centrale et a lancé une coopérative fruitière en commerce équitable et n’a apparemment pas bu ni fait la fête depuis des années. Deux d’entre eux se sont faits arrêter lorsque les choses ont tourné au vinaigre lors de la crise financière, l’un d’entre eux a même fait un peu de prison. L’autre n’est pas sur Facebook. J’organise toujours des surf trips mais pour un budget plus modeste, et j’ai pris la décision de ne pas sortir des tubes que je prends pour avoir de meilleurs pourboires et pour éviter de me prendre des coups dans la tronche par des capitalistes agressifs.

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