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Opinion

Bali ou l’asphyxie programmée

Je me rappelle de cette vieille femme Balinaise au début des années 90 qui nous barra la route avec trois pauvres branches…Elle voulait nous empêcher de passer sur ce chemin en pierres et cabossé. Ses yeux noirs et ses orbites sombres nous lançaient des éclairs, son visage mélangeait dureté et effroi. Je fis ronfler le moteur, mon pote ouvrit la portière et elle disparu…elle n’avait pas réussi son coup et je repassais la première, presque soulagé. Arrivé au petit village sur flanc de falaise, je demandais aux habitants qui était cette vieille femme, ils me répondirent, qu’elle était folle et qu’elle vivait dans la forêt surplombant le Bukit, qu’il ne fallait pas nous inquiéter… « elle vous a pris pour des mauvais esprits, elle a tenté de vous faire fuir… » me dit la femme qui nous accueillait chez elle. 10 minutes après, au line up, on avait oublié cet incident…

Bali sait vous plaire. Photo: ASP

Mais quelques années plus tard, avec le recul, en repassant une dernière fois sur Bali, j’ai réalisé que les fous ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Que l’on a tord de les cacher dans les forêts ou en institution, car souvent le fou avise bien le sage.
Cette vieille femme décharnée, plissée par l’âge, avait raison, était dans le vrai en tentant de faire barrage à ces touristes planches sur le toit. Elle sentait sûrement ce qui était en train d’arriver à l’île des Dieux, une asphyxie lente et inexorable…un bétonnage méthodique et implacable, un épuisement des ressources en eau, une île qui allait crouler sous le poids du tourisme de masse et de ses ordures.
Que Kelly s’insurge aujourd’hui, c’est bien…que le World Tour s’installe à Keramas avec un site écolo, c’est bien…mais aujourd’hui les premières victimes de la pollution ne sont pas ces surfeurs de passage, la caravane du dream Tour ou les milliers de buveurs de Bintang fraiche avec vue sur le spot… même quand les plastiques leur collent aux ailerons et que cela les fait râler…non c’est la population locale et des récifs qui étouffent.
L’île tente de réagir depuis quelques années, mais l’Indonésie reste l’Indonésie et Bali cet Eldorado du développement, du tourisme qui attire sans cesse plus ceux qui cherchent un boulot de misère et ceux qui veulent prendre des vacances au chaud.

Jordy ‘Ogoh Ogoh’ Smith et pourtant il n’a rien d’une statue en papier mâché…Photo: ASP

J’ai revu cette vieille dame quelques semaines plus tard, un soir, elle était redescendu dans le village pour la fête du Nouvel An…elles suivaient les Ogoh Ogoh de près, statues et monstres en papier mâché représentant les esprits malfaisants, les dangers pour l’homme et l’île… et ce fut l’une des premières à y mettre le feu comme de coutume. Le lendemain, le jour du silence, Niépy, tout s’arrête, plus personne ne travaille, ni ne surfe, aucun avion ne se pose…Bali respire pendant quelques heures, tente de se purifier pour une nouvelle année…mais sans arriver à reprendre son souffle.

Initiative en marge du Oakley Pro. Photo: ASP

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